Ursula von der Leyen est a priori bien partie pour remplacer Jean-Claude Juncker comme épouvantail en chef à Berne. La présidente de la Commission européenne, en signalant à Davos à ses interlocutrices helvétiques sa détermination à obtenir des clarifications rapides sur le futur accord institutionnel souhaité par l’UE, a réveillé les frustrations que le Conseil fédéral éprouvait face à son prédécesseur.

Le Luxembourgeois Juncker, rappelons-le, fut longtemps considéré comme un «ami». Sa défense passée du secret bancaire, en tant que premier ministre du Grand-Duché, semblait, au début de son mandat à la tête de l’exécutif communautaire, garantir une forme d’indulgence envers la Suisse. Erreur. L’intérêt du paquebot UE, confronté au divorce chaotique du Brexit, fut très vite de fermer les écoutilles et de protéger sa ligne de flottaison. L’accès au marché européen, capital pour l’économie helvétique, devint rapidement un levier dans ce qui est, ni plus ni moins, un rapport de force bilatéral. La fameuse équivalence boursière en fut, en 2019, la première victime collatérale.

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S’étonner de la fermeté d’Ursula von der Leyen n’a dès lors aucun sens. La votation du 17 mai sur l’initiative de l’UDC visant à en finir avec la libre circulation des personnes a en effet tout de l’affrontement programmé et de l’heure de vérité. Comment être surpris – même si des nuances doivent être apportées aux consignes de fermeté données par la Commission – que Bruxelles tienne la Suisse en joue et prépare ses munitions? Comment ne pas faire le lien entre la fatigue des négociateurs chargés du dossier helvétique, épuisés à force de délais sans cesse repoussés, et la volonté de l’UE de conclure avec le Royaume-Uni, nouveau pays tiers, un accord-cadre à la fois exigeant pour les deux parties et plus simple à gérer à l’avenir?

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Il est sans doute discutable d’utiliser, dans une négociation entre partenaires aussi proches que la Suisse et l’UE, l’arme de l’homologation médicale. La Commission européenne, qui doit veiller au bien-être – et donc à la santé – des citoyens de l’Union, ferait d’ailleurs bien d’y réfléchir à deux fois. Mais soyons lucides: l’étau du Brexit sur les relations bilatérales entre Berne et Bruxelles ne se desserrera pas. Pire: il peut, après le 17 mai, se refermer avec fracas sur notre économie toujours si tributaire du commerce avec notre grand voisin. L’enjeu, dans les urnes, sera aussi celui-là.