Editorial

Relever le défi des maladies chroniques

Vivre pendant des années, voire des décennies, avec une ou plusieurs maladies. C’est le lot d’un nombre croissant de Suisses: 2,2 millions d’entre eux souffrent de pathologies chroniques. Cancers, maladies cardiovasculaires ou respiratoires, diabète ou dépression ont un lourd impact sur le plan individuel autant que collectif. Ces maux représenteraient 80% des dépenses de santé en Suisse.

Dans son nouveau rapport publié jeudi, l’Observatoire suisse de la santé met en garde contre le défi que représentent ces pathologies. Elles sont de plus en plus fréquentes dans la population helvétique, sous l’effet combiné du vieillissement et de l’évolution des modes de vie, marqués notamment par la sédentarité et le surpoids. Or notre système de santé semble insuffisamment préparé à y faire face. Il est trop axé sur les maladies aiguës, pas assez sur celles qui s’installent dans la durée.

La Suisse bénéficie déjà d’une des espérances de vie les plus élevées de la planète. Le pari à relever porte aujourd’hui sur l’allongement de la durée de vie en bonne santé. Soit le nombre d’années que les personnes peuvent espérer vivre avec une qualité de vie appréciable, malgré l’existence de maladies chroniques.

L’une des pistes les plus prometteuses est celle de l’autonomisation des patients. Les études montrent que les problèmes liés aux maladies chroniques sont mieux résolus si les personnes touchées participent activement à la gestion de leurs maux. De nombreux malades chroniques se plaignent que leur situation personnelle n’est pas assez prise en compte par le monde médical. Elle est pourtant déterminante dans les choix thérapeutiques: telle intervention pourra être indispensable pour un patient et superflue pour un autre, en fonction de ses aspirations et de ses conditions de vie.

Grâce à Internet, les patients sont de plus en plus nombreux à se documenter sur leurs maladies ou à communiquer avec d’autres personnes concernées. Le très attendu dossier électronique du patient devrait offrir le suivi à long terme que celui-ci est en droit d’attendre des services de santé. Mais, s’ils sont mieux armés face à leurs pathologies, les malades chroniques ne doivent pas pour autant être livrés à eux-mêmes, surtout les plus vulnérables. De nouveaux modèles donnent un rôle central à un membre du personnel soignant qui leur servirait à la fois de partenaire et de guide dans le système de santé. Un nouveau métier dont le statut et le mode de rémunération restent à définir.