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Concert à la cathédrale de Bourges. France, avril 2018.
© GUILLAUME SOUVANT/AFP PHOTO

Hexagone Express

Ces reliques et ces croyances qui disent (aussi) la France

OPINION. Oublions un moment l’arène politique et sociale française. Place aux superstitions et aux croyances, religieuses ou non. Entre les barques de granit bretonnes et les consultations données par les magnétiseurs, une autre France se dessine. Bien peu rationnelle…

Ceux qui cherchent à comprendre la France feraient bien, pour quelques heures, de délaisser les ouvrages politiques ou les biographies historiques qui, d’ordinaire, nous accompagnent dans cette chronique. Place au mystère et à la foi. Place aux traces indélébiles laissées, dans l’Hexagone, par des siècles de dévotion catholique et d’étreinte religieuse.

Place, aussi, à ces fissures de la raison qui conduisent encore aujourd’hui les patients vers des magnétiseurs, rebouteux ou autres habitués des dialogues avec les forces de l’esprit. Le pays de Descartes et de Voltaire – qu’Emmanuel Macron s’apprête à célébrer le 31 mai avec la réouverture au public du château de l’écrivain, à Ferney – est aussi celui des barques de granit célébrées par les processions bretonnes ou de la vénération passionnée des «ceintures de la Vierge» promenées de cathédrales en abbatiales depuis les temps anciens.

Un premier livre sur les rites ancestraux

Deux livres racontent cette France populaire, riche en surprises, dont les représentations scandent encore les paysages et les décors urbains. Le premier est signé par un journaliste habitué à raconter les dessous sociaux de l’Hexagone. Et vous, vous y croyez? d’Hubert Prolongeau (Ed. Robert Laffont), propose un étonnant voyage dans les pratiques occultes où une forme de naïveté flirte en permanence avec l’étonnante efficacité de remèdes ancestraux, disparus, et remis au goût du jour. «Capter les esprits coûte cher», sourit l’auteur, qui raconte comment tel médium, genre Géo Trouvetou, «jongle, vend du vieux matériel pour en acheter du plus performant» afin de traquer les esprits et «la conscience universelle». Charlatanisme? Non.

L’intéressé est policier de son état. Il a, depuis son jeune âge, des «apparitions». «L’écriture automatique» se saisit régulièrement de lui. «Le contact ne se fait pas à chaque fois. Parfois, j’invoque un esprit. Parfois, j’attends qu’il se manifeste», confie-t-il à l’auteur, dont le récit enlevé nous promène du fin fond des campagnes françaises aux meilleurs hôtels parisiens.

Second livre, sur «l’autre France»

Le deuxième ouvrage qui raconte cette «autre France» s’intitule Trésors sacrés (Ed. du Trésor) et comporte un sous-titre éloquent: Des histoires de reliques vénérées et oubliées, de miracles et de prodiges, de pèlerinages et de voyages, de signes divins et diaboliques… Il est signé par Michel Pierre, un des meilleurs spécialistes français de Corto Maltese, l’aventurier imaginé par Hugo Pratt, auquel le Musée des Confluences de Lyon consacre ces jours-ci une superbe exposition, largement conçue par lui.

Les «trésors sacrés» en question disent la piété populaire, la peur du châtiment divin, la soif d’adoration qui fut, très longtemps, le lot commun de millions de Français, républicains ou non.

Une étoffe vénérée par les femmes

«Il y a toujours, à l’appui de telle ou telle relique, un récit, une histoire rapportée comme vraie: de la raison dans l’irrationnel», explique cet auteur éclectique, également reconnu comme historien du fait colonial et du bagne. Son ouvrage conduit le lecteur en Espagne, en Italie ou en Belgique. Mais c’est en France que l’écrivain aime s’attarder, comme à Quintin, ce bourg breton des Côtes-d’Armor, où l’église renferme depuis 1248 un morceau de la ceinture qui, selon la tradition, fut «portée par la Vierge le jour de l’Annonciation».

Le lieu de culte porte le nom de «Notre-Dame de Délivrance». Et pour cause: «Les femmes vénèrent tout particulièrement cette relique, spécialement celles en mal d’enfants ou arrivées au moment de l’accouchement», raconte Michel Pierre, également auteur de Bretagne. Les sillons de la mémoire (Ed. Nevicata). Ce qui compliqua sacrément la préservation de la fameuse étoffe: «réduite comme une peau de chagrin car l’usage voulait qu’elle fut transportée dans son reliquaire au chevet des femmes enceintes, et nombre de dévotes en profitaient pour en prélever des morceaux».

Moins le monde semble mystérieux et plus on a besoin de le remplir de magie

Etienne Klein

On ne se lasse pas de ces histoires françaises qui, bien sûr, trouvent des résonances partout, y compris en Suisse. «Moins le monde semble mystérieux et plus on a besoin de le remplir de magie», note le scientifique Etienne Klein, rencontré par Hubert Prolongeau pour son enquête sur les pratiques occultes. Comme si la France, «fille aînée» de l’Eglise catholique, demeurait mal à l’aise avec le strict habit laïc et républicain qu’Emmanuel Macron, depuis son accession à l’Elysée, secoue régulièrement.

En 2014, un sociologue a entrepris de demander aux Français de s’épandre un peu sur leur spiritualité. Il s’attendait à quelques centaines de réponses. Mais 8000 courriers lui sont parvenus, dont certains de près de 300 pages. Les états d’âme de Marianne sont loin d’être un long fleuve tranquille.

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© Gabioud Simon (gam)