La vie à 25 ans

Avec tous ses remakes, Disney surexploite notre nostalgie

OPINION. «Cendrillon», «La belle et la bête» et bientôt «Dumbo»: les célèbres studios semblent décidés à adapter en film tous les dessins animés de notre enfance. Imparable mais paresseux, estime notre chroniqueuse

Dès les premières secondes, on se retrouve scotchés, gorge nouée. Impossible de rester de marbre devant ce pachyderme aux yeux mouillés et aux oreilles démesurées. Les premières images du remake de Dumbo signé Tim Burton vendent du rêve: un casting solide – Colin Farrell, Eva Green –, un éléphant bluffant de réalisme et quelques-unes des chansons cultes de ce Disney né en 1941.

Je me réjouis davantage qu’il n’est admis de redécouvrir les mésaventures de Mme Jumbo et de son bébé volant la semaine prochaine. Et pourtant, je sens aussi poindre une certaine lassitude. Sûrement parce que Dumbo s’inscrit dans une longue, trop longue, lignée de dessins animés adaptés à la sauce «modernité».

Pure photocopie

Depuis la revisite d’Alice au pays des merveilles en 2010, on les a vus défiler: Maleficent en 2014 (en gros, La Belle au bois dormant du point de vue du méchant), Cendrillon en 2015, Le livre de la jungle en 2016, La belle et la bête l’année suivante. Sans compter qu’Aladdin (avec Will Smith en grotesque génie bleu à barbichette), Mulan ou encore Le roi lion ont déjà été annoncés.

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Alors, en manque d’inspiration, les studios Disney? Fins calculateurs, plutôt. Car la plupart de ces productions sont devenues de solides succès commerciaux, et ça continue: en novembre dernier, la bande-annonce du Roi lion a cumulé 225 millions de vues en une journée. A parier que les cinémas seront bourrés cet été.

Si certains remakes offrent une lecture nouvelle de ces classiques, Le roi lion apparaît au contraire comme une pure photocopie, image par image, du dessin animé de base. Avec une bonne dose d’effets spéciaux léchés par-dessus. C’est joli mais franchement, a-t-on vraiment envie de voir un Simba ultra-réaliste entonner Hakuna Matata?

«N’oublie pas»

Et pourtant, ça marche. Parce qu’au moment où le premier «Naah-tsivenia-babadi-tsibaba» – mon zoulou approximatif – retentit, elle frissonne et se réveille, la nostalgie. En particulier celle des enfants de 1990, biberonnés comme moi aux Disney, à ces VHS poussiéreuses devenues de véritables madeleines de Proust. «N’oublie pas», professe Mufasa à la fin de la bande-annonce. Rassurez-vous, nous n’avons rien oublié, et c’est justement pour ça que nous achèterons, comme tout le monde, notre billet.

Ces reconstitutions permettront à une nouvelle génération d’apprécier les histoires qui ont bercé leurs parents, direz-vous. Mais je trouve trop facile, et paresseux, de jouer sur la mélancolie précoce des millennials pour faire tourner la machine. C’est autant de temps et d’argent qui auraient pu être investis pour inventer le classique de demain.


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