Dire merci à Donald Trump peut paraître étrange. Après tout, le président a mené son pays à une tragédie historique la semaine dernière. Pourtant, et même si les dix derniers jours de son mandat seront des plus chaotiques, nous devons mesurer notre chance.

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Ce qui s’est produit au Capitole était en gestation depuis le début de cette présidence. Outrance après outrance, Donald Trump a violé les consciences. A chaque palier franchi dans l’ignominie, il était naturel de se dire qu’il s’arrêterait là. A chaque fois, il est allé plus loin. Ce flux incessant a parfois eu l’effet d’un anesthésiant.

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Jusqu’à ce 6 janvier 2021 où ses partisans ont pris d’assaut le cœur de la démocratie. Certains projetaient de pendre haut et court le vice-président, Mike Pence, et les responsables démocrates. Sous la bannière des Etats confédérés et revêtue de t-shirts aux slogans néonazis, la réalité de ce qui anime cette présidence est apparue au grand jour.

Cette abjection doit nous forcer à nommer les choses. Les assaillants du Capitole ne vivent pas dans une «réalité parallèle», mais dans une horrible fiction. L’élection qu’ils contestent n’a pas été truquée, encore moins au profit d’une élite de pédophiles satanistes. Ces hommes et ces femmes ne représentent pas une «droite alternative» ni ne sont l’expression d’un électorat sensible au «populisme». Ils et elles sont du bois dont on fait les fascistes.

Contrits de ne pas avoir anticipé la victoire de Donald Trump en 2016, beaucoup d’observateurs avaient pris soin d’en analyser rétrospectivement les raisons. Ce travail demeure indispensable, mais il ne suffit plus, car le danger est désormais trop grand. Les putschistes de Washington incarnent un délire collectif. L’explication de leur action ne peut plus leur servir de justification.

Alors, pourquoi remercier Donald Trump? Parce qu’il nous a montré ce que nous avons à perdre lorsqu’un autocrate accède au pouvoir. Et parce que, ce faisant, il est resté fidèle à lui-même: narcissique, inconstant, brouillon. Face à ce modèle, les institutions américaines ont résisté. Mais le prochain Trump pourrait être plus habile et cohérent dans l’exercice du pouvoir.

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La leçon américaine vaut d’autant plus pour certains Etats européens que leurs institutions y sont plus fragiles. Des deux côtés de l’Atlantique, il est urgent de réaffirmer sans concession les fondements démocratiques de nos sociétés. En tenant compte de la souffrance qui pousse à l’excès. En regagnant les indécis, les cyniques, les désabusés. Et en congédiant sans hésitation les autres. A commencer par M. Trump.

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