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La campagne sur AVSplus fait rage
© MARTIAL TREZZINI

Opinion

Remettre la burqa au milieu de la mosquée

Pour le syndicaliste Jean-Claude Rennwald, le débat qui compte, aujourd’hui, est celui d’AVSplus et non les enfumages autour de l’interdiction de la burqa

Durant tout l’été, on n’a guère eu l’occasion d’entendre parler d’AVSplus, initiative qui sera soumise au vote du peuple et des cantons le 25 septembre prochain. En revanche, l’UDC a bien occupé les ondes, les écrans et les colonnes des journaux. Avec les discussions relatives à la mise en œuvre de son initiative «contre l’immigration de masse», avec son initiative «contre les juges étrangers» et, ces dernières semaines, avec son initiative pour l’interdiction de la burqa, même si celle-ci émane de l’un de ses satellites.

Il faut garder le sens des proportions

Cette dernière pose bien sûr des questions importantes, mais il convient de garder le sens des proportions et de redonner la priorité aux enjeux sociaux. D’autant plus que s’il y a dix ou quinze femmes, au grand maximum, qui portent une burqa en Suisse, le nombre des hommes et des femmes qui bénéficient ou bénéficieront un jour d’une rente AVS est d’au moins 8 millions de personnes: les 2 millions de retraités et les 6 millions d’enfants et d’actifs, qui sont autant de retraités potentiels! De manière plus générale, il ne faut pas oublier que dans un pays qui, comme la Suisse, compte 25% d’étrangers (immigrés établis et frontaliers) parmi sa population active, l’intégration passe avant tout par le bien-être matériel (emploi, salaire correct, sécurité sociale) et par la formation (école, métier, apprentissage des langues et de la culture politique). Une fois que ces deux problèmes centraux auront été résolus, il y a neuf chances sur dix pour qu’une société multiculturelle vive dans l’harmonie.

La culture politique, élément essentiel de l’intégration

Tout cela, évidemment, ne justifie pas que l’on accepte des revendications qui impliqueraient de mettre en place des systèmes juridiques différents selon l’origine ethnique ou les croyances religieuses. Car la lutte pour renforcer l’intégration s’inscrit parfaitement dans cette judicieuse réflexion de la philosophe et politologue belge Chantal Mouffe («L’illusion du consensus», Albin Michel, 2016): «Le pluralisme légal ne peut devenir la norme sans mettre en danger la permanence de l’association politique démocratique. Une société démocratique exige l’allégeance de ses citoyens à un ensemble de principes éthico-politiques partagés, énoncés en général dans une constitution.» Raison pour laquelle la culture politique nous paraît être l’un des éléments essentiels de l’intégration.

L’initiative AVSplus reflète bien la logique dialectique

La même est d’avis – et nous partageons ce point de vue – que ce n’est pas le consensus, mais le conflit qui est constitutif de la politique. Encore faut-il savoir de quel type de conflit on parle. En tout cas pas des antagonismes générés par les haines raciales et xénophobes, les fanatismes religieux et les replis identitaires. Non, le conflit politique majeur de nos sociétés, même s’il a évolué dans ses formes et s’il est parfois caché, reste celui qui oppose la droite et la gauche – pour autant qu’elles se distinguent suffisamment! –, car sa négation reviendrait à nier l’existence des classes sociales, lesquelles n’ont pas toutes les mêmes besoins et les mêmes aspirations.

L’initiative AVSplus reflète bien cette dialectique, puisqu’elle oppose d’un côté ceux qui veulent que les retraités puissent vivre dignement, de l’autre ceux qui prônent l’austérité dans tous les domaines de l’activité sociale et économique. On peut dès lors se demander, de façon tout à fait légitime, si, du côté de la classe dominante et de ses relais politiques, d’aucuns ne mettent pas systématiquement en avant les questions religieuses liées à une partie de l’immigration pour masquer des enjeux plus fondamentaux. Et ceci d’autant plus que l’acceptation d’AVSplus constituerait aussi un très fort signal contre le relèvement de l’âge de la retraite.

Le social est plus fondamental que l’identitaire

Nos réflexions ne poursuivent qu’un objectif, montrer que le social est plus fondamental que l’identitaire. Certes, le moment venu, il faudra bien se positionner sur l’initiative anti-burqa. Mais ne tombons pas dans le piège d’une dramatisation excessive, qui ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des nationaux-populistes, lesquels avaient déjà adopté la même stratégie avec l’initiative anti-minarets, approuvée en novembre 2009, alors qu’il n’y a que quatre édifices de ce type en Suisse.


Jean-Claude Rennwald, politologue, militant socialiste et syndical

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