Les politiques énergétiques de faible, voire zéro émission de CO2 tendent à se développer au niveau des villes, des territoires et des infrastructures pour répondre aux accords de Paris pour des températures ciblées de +2°C à la deuxième moitié du siècle. Il apparaît de plus en plus que, avec les énergies renouvelables, l’efficience énergétique et la taxe carbone, il est nécessaire de développer la technologie de captage et séquestration du CO2 pour atteindre les objectifs. Avec la COP24 à Katowice, en Pologne, la technologie CCS (Carbon Capture and Sequestration) est de nouveau mise en avant comme l’une des technologies permettant de s’attaquer au changement climatique. Cela concerne à la fois le secteur de l’énergie et l’ensemble des activités industrielles. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont tous deux montré le rôle crucial que la technologie CCS doit jouer pour atteindre les objectifs globaux de réduction des émissions de CO2. En particulier, en permettant de décarboner les industries «traditionnelles» et en préservant ainsi des postes de travail et des pans entiers d’une économie nécessaire.

Le CCS est la seule technologie permettant de diminuer les émissions de CO2 de manière significative dans différentes industries. Elle permet d’éviter que de grandes quantités de CO2 ne soient lâchées dans l’atmosphère. Elle se développe depuis quarante-cinq ans à une échelle industrielle de manière globalement sûre. A ce jour, 17 grands projets dans le monde permettent de capturer 37 millions de tonnes par an, soit l’ordre de grandeur des émissions annuelles de CO2 en Suisse. En valeurs cumulées, ce sont 220 millions de tonnes de CO2 qui ont été séquestrées sous terre à ce jour. Quatre nouveaux grands projets (i. e. plus d’un million de tonnes de CO2 par an) sont en phase d’achèvement, et d’autres sont en cours de lancement, dont 7 uniquement en Chine.

Une grande partie de ce CO2 séquestré est en liaison avec la production des hydrocarbures, et ce n’est pas ce qui nous intéresse en Suisse. Notre intérêt est lié au transfert de ce savoir-faire et à son utilisation pour décarboner l’industrie suisse.

Remise dans la roche

La technologie CCS a trois composantes. Celle de capturer le CO2 au niveau des industries émettrices de carbone comme les aciéries, les cimenteries, mais aussi les productions de produits chimiques, d’engrais, de produits pétrochimiques ou de papier. Le CO2, séparé des autres gaz, peut alors être comprimé et transporté dans des pipelines, citernes ou autres vers le lieu de formations géologiques adéquates. C’est la deuxième composante de la technologie. La troisième consiste en l’injection de ce CO2 sous terre dans des formations géologiques à des profondeurs qui dépassent en général le km. Les installations en surface sont assez minimes, comparables à celles d’un projet de géothermie. En procédant de la sorte, le CO2 est remis sous terre dans des roches où il était naturellement enfoui pendant des millions d’années.

Des volumes annuels de 300 000 à 400 000 tonnes de CO2 pourraient être séquestrés dans un premier temps

Dans de nombreuses industries, il n’est toujours pas possible de trouver des solutions compatibles avec le «renouvelable», et où les émissions de CO2 continueront à se produire. A titre d’exemple, dans les aciéries (en Suisse, deux aciéries usinent environ 1,4 million de tonnes d’acier – en plus, 20 fonderies de métaux ferreux et aciéries produisent environ 75 000 tonnes de fonte) ou encore les cimenteries (environ 4,5 millions de tonnes de ciment par an sont produites en Suisse).

Pour la Suisse, la sécurité de l’approvisionnement pour un bon nombre de ces industries constitue un enjeu stratégique et représente un grand nombre de postes de travail. Dans ce contexte, la réduction des émissions de CO2 dans l’industrie avec la technologie CCS devrait être un bon complément aux autres mesures prises par la Confédération pour le renouvelable.

Un site central

Des études préliminaires démontrent que la Suisse dispose de sites géologiques permettant de séquestrer de très grands volumes de CO2. En particulier, la zone de plaine entre Baden et Fribourg, dans une direction, et Olten et Lucerne, dans l’autre, constitue une zone à très fort potentiel. La constitution géologique requiert de disposer d’une roche-réservoir poreuse surplombée d’une couche de couverture tel le schiste argileux.

Pour sa phase de lancement, je recommande la création d’un site central vers lequel du CO2 compressé provenant de différents sites industriels suisses peut être acheminé. Des volumes annuels de 300 000 à 400 000 tonnes de CO2 pourraient être séquestrés dans un premier temps. Ces volumes sont similaires à ceux d’autres pays, comme le Japon ou la Chine, qui s’initient à cette technologie.

Espérons que la technologie CCS retienne l’attention et le soutien qu’elle mérite dans notre pays. La Confédération et les industries devraient s’associer dans un ambitieux programme national pour mettre en place cadre, moyens et outils nécessaires à une telle démarche. Comme pour les autres initiatives écologiques et renouvelables, la technologie CCS devrait bénéficier de subventions pour la phase de lancement.


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