Editorial

Remplacement de Didier Burkhalter: l’heure du Tessin

Le départ de Didier Burkhalter est l’occasion de réparer une injustice qui dure depuis dix-huit ans. A condition que d’autres minorités, dont les Romands, ne se mettent pas en travers du chemin

Après bientôt vingt ans d’absence, l’heure semble venue pour la Suisse italienne de retrouver son siège au Conseil fédéral. Ambition légitime: il ne s’agit pas de faire plaisir à une minorité marginalisée, mais de réaffirmer un pilier de la Confédération. La Suisse est un Etat multilingue, dont les communautés doivent être adéquatement représentées au gouvernement. Ce qui implique qu’un italophone, tessinois ou grison, siège au Conseil fédéral la plupart du temps.

Depuis 1999, ce n’est plus le cas. Et cette absence pose problème bien au-delà des régions où l’on parle italien. Se sentant incompris et délaissé, le Tessin est devenu une force de blocage. Ses accès de populisme peuvent faire basculer les votations nationales du mauvais côté – c’est bien le vote massif des Tessinois qui a fait triompher l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse».

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Le canton est dans une situation unique: en lisière de Milan, il craint d’être gobé par l’énorme métropole lombarde, qui s’étend jusqu’à Lugano en un tissu urbain continu. Un peu comme si Genève se trouvait en banlieue parisienne. Retrouver un siège au Conseil fédéral – et donc une forme d’emprise sur les événements – aiderait à résorber la paranoïa migratoire qui saisit parfois les Tessinois. Et à convertir leur position singulière en force: la Suisse est le seul pays à enjamber les Alpes, ce pont vers le sud forme une extension indispensable de son identité.

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Pour toutes ces raisons, la Suisse italienne a un droit évident à retrouver son siège. Mais l’on entend déjà des objections, plus ou moins fondées: il faudrait une femme, la Suisse orientale se sent sous-représentée, le siège devrait rester en mains romandes – quel toupet, alors qu’il restera deux francophones au Conseil fédéral après le départ de Didier Burkhalter. Si les deux premières revendications sont théoriquement justes, elles ne doivent pas servir à entraver celle, plus urgente, de revoir un (ou une) italophone au Conseil fédéral.

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Les Tessinois – car il s’agit principalement d’eux – ont toutefois intérêt à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. Surtout si leur candidat favori présente, comme c’est le cas, quelques défauts. On attend d’eux qu’ils proposent un choix, une palette de personnalités acceptables. S’ils remplissent cette part du contrat, rien ne doit les empêcher de mettre fin à une injustice qui n’a que trop duré.

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