L'assemblée des délégués de Lucerne restera dans les annales du Parti radical. Pas uniquement parce que celui-ci a élu pour la première fois une femme à sa présidence. Ni parce qu'il a pris, à cette occasion, ses distances avec l'UDC. Mais avant tout parce que c'est à une forme de renaissance – qui demande bien sûr à être confirmée – qu'ont assisté, samedi, les observateurs de cette manifestation.

Les radicaux n'auraient guère pu tomber plus bas qu'ils ne l'étaient au cours des derniers mois, l'encéphalogramme plat, le moral dans les talons et l'ambition ratatinée. Avant comme après la chute de leur précédent président, ils demeuraient dans une sorte d'état de latence angoissée, naufragés accrochés à la seule question de la distance à garder ou à combler avec l'UDC. Ils prenaient comme des agneaux résignés la direction de l'abattoir électoral.

L'affluence tout à fait inhabituelle de militants enregistrée à Lucerne peut être considérée comme un sursaut dont l'élection d'une nouvelle présidente a été le prétexte. Christiane Langenberger a certes été élue parce qu'elle a refusé clairement toute compromission avec l'UDC, mais peut-être avant cela parce qu'elle a redonné une perspective d'avenir au parti. Avec elle et grâce à elle, qui a su être le catalyseur d'une démarche à laquelle d'autres ont concouru, les radicaux se sont souvenus qu'ils avaient créé la Suisse moderne et découvert qu'ils peuvent avoir des ambitions et des propositions qui leur soient propres, sans avoir à loucher sur la copie de l'UDC.

Les militants radicaux ont su être à la hauteur des circonstances, en élisant la meilleure des deux candidates. Et surtout en sachant passer par-dessus les équilibres linguistiques et géographiques. En choisissant pour présidente une bilingue clairement romande – et non pas une hermaphrodite linguistique comme on l'a eu vu – ils ont esquissé l'image d'une Suisse moderne, débarrassée de ses pesanteurs historiques.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.