Même pour qui a gardé son compte à UBS et ne roule qu'en voiture, ces jours sont à la mauvaise humeur en Pays de Vaud, juste après les réactions par trop modérées au scandale financier de la BCV et juste avant l'échec redouté du M2, le métro qui devrait soulager le trafic urbain lausannois. Du coup, je n'ai plus que pensées critiques pour les micro-fonctionnements habituels de l'Helvétie que je traverse.

Deux centimètres de gazon ont osé repousser sur les quais d'Ouchy, à Lausanne, et déjà, même à la mi-novembre, les tondeuses vont et viennent imperturbablement. Trois types de machines différents selon la largeur de la plate-bande herbeuse, de la brossette électrique maniée du bout des doigts à l'engin piloté de haut par un conducteur intégré. Interpeller les jardiniers en action? Leur dos tendu résiste à toute tentative de dialogue.

De nouveaux sièges décontractés, en bois, ont poussé sur les terrasses de l'Hôtel d'Angleterre et du Château, toujours à Ouchy. Hélas, manque de personnel oblige, on y attend vingt minutes son minestrone à 14 francs, soit un petit bol d'eau verdâtre où flotte un toupet de brocoli. Même pas de chocolat avec le café? Le tek coûte cher.

Sortie de ville, bouchons et toujours la même pensée récurrente. Quand diable arriverai-je à tourner autour d'un giratoire sans me demander quelle commission a voté l'horreur figée en son centre, quel technicien l'a dessinée, combien elle a coûté?

Au bureau des objets trouvés des CFF, on ne trouve plus rien. Tout est sur ordinateur et donc plus rien dans les rayons. Vous espérez retrouver votre pépin à vous parmi les cent parapluies rouges oubliés en octobre dans l'Intercity entre Genève et Zurich? Envoyez un mail et on vous répondra.

A Zurich, chacun va désormais chercher son pain soi-même dans certains restaurants fraîchement rénovés. Au buffet nommé «Brotstation», des couteaux aiguisés permettent de débiter des tranches individualisées. Les toilettes, elles, proposent deux boutons à choix au-dessus de la cuvette pour une vidange modeste ou abondante. Désormais, dans cette ville moderne, les W.-C. sont à deux vitesses.

Alors, à qui s'en prendre quand les jardiniers sont consciencieux, le serveur fait ce qu'il peut, les techniciens en giratoires s'appliquent et un zèle écolo anime les promoteurs de W.-C. précurseurs? On peut toujours gueuler dans sa voiture et refaire une thalasso.

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