Revue de presse

Renew, cousin britannique d’En marche, veut encore croire en l’Europe

La nouvelle formation, au centre et d’inspiration citoyenne, voudrait renverser l’opinion sur le Brexit. Pour beaucoup d’observateurs, cependant, il est bien trop tard

Un nouveau parti politique, Renew («Renouveler»), a été officiellement lancé lundi au Royaume-Uni, à l’attention de la presse internationale. Il s’inspire de La République en marche du président français, Emmanuel Macron. Ses ambitions sont claires: il veut renverser l’opinion des citoyens sur le Brexit et – surtout – casser le bipartisme traditionnel britannique entre conservateurs et travaillistes. «L’appétit pour un nouveau parti […] est colossal», a jugé de manière très optimiste un de ses trois dirigeants, James Clarke, qui n’a aucune expérience politique tout comme ses coreligionnaires, lors de la conférence de presse inaugurale tenue à Londres.

L’opération de charme s’est déroulée dans un climat de scepticisme généralisé face au sentiment, diffus dans l’opinion, que le destin d’Albion puisse tout de même encore se jouer au sein de l’Union européenne. Le Daily Mail, par exemple, écrit déjà qu’il a assisté à la naissance du «bras armé» de ce «Remain» qu’il honnit. D’ailleurs, pour beaucoup d’observateurs dans la presse et sur les réseaux sociaux, il est bien «trop tard» pour revenir en arrière. Et le Sun, de son côté, se moque allègrement du peu de journalistes présents lors de cette communication politique, l’air de dire: «Mais pourquoi venez-vous encore nous compliquer la tâche, vous?»

Il faut dire qu’outre-Manche, Renew émerge dans un contexte politique trouble, où tant les Tories au pouvoir que le Labour – dans l’opposition – se sont engagés à respecter le résultat du référendum du 23 juin 2016 qui avait décidé d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE à 52%. Tandis qu’au centre, l’europhile Parti libéral-démocrate a quant à lui échoué à capitaliser sur le sentiment anti-Brexit d’une partie de la population et que le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), anti-immigration, très eurosceptique et d’inspiration nationaliste, a essuyé un sérieux revers lors des législatives anticipées de juin 2017.

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Superbement ignoré par une très grande majorité de la presse britannique ce lundi, Renew veut être «le véhicule pour les gens qui se sentent sans attache politique, qui se sentent délaissés», a poursuivi James Clarke. Pour ce faire, la formation a reçu des conseils informels de macronistes convaincus, pour qui l’engagement citoyen en vue de renouveler totalement le paysage façonné depuis des décennies au Royaume-Uni par la classe politique traditionnelle représente une valeur fondamentale. Mais si les médias francophones ne se sont emparés du sujet que récemment, dit Le Figaro, «Renew n’en est déjà plus à ses balbutiements.

Son compte Twitter aux 3700 followers est actif depuis fin novembre 2017, sa page Facebook aux 3000 abonnés depuis encore plus longtemps.» Ces chiffres, cependant, il faut bien le reconnaître, semblent bien faibles au sein d’un pays de 65 millions d’habitants.

Macron, si «extraordinaire»

«M. Macron a montré qu’il était possible de faire quelque chose d’extraordinaire en peu de temps», selon James Clarke, qui se considère comme «ni de gauche ni de droite» et veut prendre racine dans «le vide au centre de la politique britannique». L’Independent.co.uk prétend qu’il compte un millier de militants. D’ailleurs, Renew affirme pouvoir déjà aligner plus de 300 candidats aux prochaines législatives. Celles-ci sont prévues en 2022, pour autant que le très faible gouvernement de la première ministre conservatrice Theresa May, à la tête d’un exécutif très divisé, tienne jusque-là.

«Même leur site ressemble au nôtre», s’amuse-t-on au QG parisien de La République en marche, écrit 20 minutes (France). «Le parti ne soutient pas officiellement le mouvement britannique, mais Alexandre Holroyd, député des Français de l’étranger, se réjouit que d’autres partis œuvrent au renouvellement de la classe politique.» Et la députée de l’Essonne Amélie de Montchalin a donné sa bénédiction dans une vidéo tournée en anglais:

Au début du mois de février, rappelle dans la foulée le site de France Télévisions, «des mouvements anti-Brexit avaient lancé une plateforme commune, le Grassroots Coordinating Group (GCG), pour coordonner leurs efforts afin de peser sur les négociations avec Bruxelles, voire tenter d’obtenir un nouveau vote. Ces différentes organisations représentent au total quelque 500 000 personnes et plusieurs députés. […] Un membre travailliste de la Chambre des lords a également lancé sa propre campagne, Our Future, our Choice.» Quant à l’organisation Best for Britain, elle a obtenu un don d’environ 650 000 francs du milliardaire américain George Soros.

A terme, Renew vise 650 candidats issus de la société civile, pour chacune des circonscriptions du Royaume-Uni. Il a été fondé par l’ancien financier Chris Coghlan, avant les élections générales de juin 2017, et dit vouloir s’attaquer aux causes ayant poussé les électeurs à voter pour le Brexit, en particulier à ce «profond mécontentement sur les inégalités». Il compte défendre une augmentation du salaire minimum, renforcer les infrastructures en dehors de Londres et construire davantage de logements abordables. Il entend également «étudier de meilleures façons de gérer l’immigration», un des principaux thèmes de la campagne pro-Brexit:

Peine perdue, pour Europe 1: «Le Royaume-Uni, qui doit quitter l’UE le 29 mars 2019 à minuit, n’a plus que quelques mois pour trouver un accord avec le bloc communautaire. Theresa May a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de nouvelle consultation populaire sur la question de l’appartenance à l’UE. Depuis les dernières élections, des sondages ont fait état d’un soutien croissant de l’opinion pour le maintien dans l’UE, sans pour autant enregistrer un renversement radical.» Et Sophie Pedder, journaliste à The Economist, estime que Renew manque d’une figure de proue pour l’incarner.

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