Comment la gouvernance mondiale sera-t-elle transformée après la fin de la pandémie de Covid-19? La réalité du monde ne sera plus jamais la même qu’avant, nous dit Henry Kissinger. Des institutions destinées à protéger les peuples ont failli un peu partout, aux dires de beaucoup de pays. Inutile à ce stade d’établir des responsabilités (ce qui dispense l’auteur de se prononcer sur les manquements du pire président de l’histoire américaine ou sur les errements du Parti communiste chinois). Trois priorités s’imposent selon Kissinger: d’abord lutter contre le virus sur le plan médical, scientifique et social. L’effort national doit s’accompagner d’une collaboration mondiale visionnaire, aucun pays ne pouvant espérer maîtriser la pandémie à lui tout seul. Puis les dirigeants du monde devront se sortir du chaos économique qui suivra l’alerte de santé. Finalement, il s’agira de préserver les valeurs libérales que la crise risque de mettre à mal.

Coutume médiévale

Qu’en sera-t-il du multilatéralisme? On a vu les Etats se replier sur eux-mêmes, à la recherche d’abord de solutions nationales. Dans un second temps, la coopération internationale n’a été pratiquée que sur un mode mineur, bilatéral. Puis le G7, le G20, le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne ont fini par prendre en compte l’ampleur de la crise et ont commencé à agir massivement. La réaction de l’ONU a été pour le moins contrastée. Le Conseil de sécurité, présidé au mois de mars par la Chine, ne s’est pas saisi de la pandémie. Suivant une coutume médiévale, le secrétaire général a lancé un appel à une trêve mondiale, appuyé par la présidente de la Confédération, le DFAE et le pape. Mais la réaction de l’organisation internationale n’a pas été à la hauteur des nécessités de l’heure – qui aurait requis de coordonner à temps, sur le plan international, l’action des Etats et de les guider. L’ONU semble maintenant se préoccuper de l’extension de l’épidémie aux pays en développement et aux réfugiés, notamment au Moyen-Orient.