La formule est tombée en fin d’intervention. Alain Berset a fixé la caméra, et, à travers elle, la population helvétique. Après un silence calculé, le Fribourgeois a lancé: «Nous sommes au pied du mur. C’est le moment de montrer ce que nous savons faire.»

Le Conseil fédéral était attendu, ce vendredi, pour sa troisième intervention en une semaine dans cette crise que provoque la pandémie de Covid-19. Le discours a consisté à ramener les Suisses à leur responsabilité individuelle. L’adhésion de la population est plus efficace que la contrainte, parie Berne.

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«Il faut prendre le temps de nous rappeler que l’heure est grave», a commencé le conseiller fédéral chargé de la Santé. Après la fermeture des écoles, de certains commerces et des établissements publics, les plus hautes autorités politiques de ce pays ont ressenti le besoin de «renforcer l’appel» fait à la population. Renforcer l’appel et non les mesures de confinement. Il y a certes désormais l’interdiction de se réunir à plus de cinq sur tout le territoire helvétique. Les parcs peuvent être fermés. Alain Berset a également rappelé que les polices cantonales pouvaient amender les contrevenants. La liberté de circuler, elle, est maintenue.

Le Conseil fédéral est donc resté sourd aux appels d’une partie de la population. Pas de confinement strict. Ne nous trompons pas: nous ne sommes plus, comme la semaine dernière, dans une problématique de cacophonie fédérale, où Berne se doit de fixer la ligne pour remettre les cantons à l’ordre. Nous sommes entrés dans un débat de philosophie politique.

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A quel point de la crise devons-nous appeler l’Etat à faire usage de l’exercice de la violence, dont il détient le monopole légitime, pour citer Max Weber? Pour les membres du Conseil fédéral, ce stade-là n’est pas atteint. Dans les mots d’Alain Berset, rien n’indique d’ailleurs qu’il le sera jamais. Le ministre a rappelé aux cantons qu’ils pouvaient amender les contrevenants. A Genève, les patrouilles de police ont commencé à le faire dans les parcs.

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Les nouveaux arrêtés présentés pour continuer à ralentir le rythme du pays et la propagation du virus se rapprochent de ce qu’ont fait nos voisins. La France utilise toutefois des moyens plus martiaux pour arriver à ses fins. Beaucoup les réclamaient, en Suisse également. Sans le citer, Alain Berset a mouché Emmanuel Macron et sa «politique-spectacle», «symboliquement forte mais inutile». Dans une Confédération qui s’est construite sur la décentralisation des tâches et l’enchevêtrement des responsabilités, l’Etat fédéral est déjà allé très loin. Il n’en fera pas plus sans s’assurer l’appui des cantons. Mais il fera tout pour créer l’adhésion de chacun. Restez chez vous.

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