Charivari

Le «Renoi»? Roi des stades et des façades

OPINION. Un Malien sauve un garçon de la chute d’un balcon, tandis que la «black connection» fait les beaux jours des Bleus. Et si la force physique était un piège pour la population noire de France?

Dans les cités, ils s’appellent eux-mêmes «renois» ou «keublas». Et, ces jours, ils font battre le cœur des «babtous» français. Héroïne des façades ou des stades, la population black, légale ou pas, montre une nouvelle fois à la droite étroite que, dans la France qui gagne, elle occupe une place de choix. C’est banal de dire ça. «Black-blanc-beur», c’était déjà le slogan de l’équipe victorieuse de Zizou, en 1998. Le foot français est multicolore depuis plus de vingt ans et ce ne sont pas Paul Pogba et Kylian Mbappé, stars de l’actuelle formation de Didier Deschamps, qui briseront cet élan. Alors, on se pose cette question, plus que légitime en 2018: à quand un président noir à la tête de l’Hexagone? Et pourquoi pas une présidente noire, comme l’excellente Christiane Taubira?

Les élites et les débrouillards

Drôle de France. Tellement schizophrène dans ses villes. France de castes et d’élites, d’un côté. France de la débrouillardise et de l’illégalité assumée, de l’autre. Deux univers étanches qui ne se rencontrent jamais, ou alors contraints et forcés. Scission, insatisfaction, radicalisation, tout ça, on connaît. Rien de nouveau sous le soleil français, qui a décidé depuis les années 1950 de séparer ces deux populations, celle du pouvoir et celle du labeur usiné, en logeant les vagues de migrants dans les banlieues excentrées.

Bientôt débute la Coupe du monde de football. A côté des stars Pogba, Kanté et Mpappé, les noms de Dembélé, Mendy, Sissoko ou Nzonzi vont résonner aux oreilles des supporters enfiévrés. Comme un refrain patriotique et non comme une rengaine exotique.

Le muscle fait foi

C’est bien, car l’assimilation passe aussi par le son, mais c’est encore clivant. Car, que ce soit le jeune Malien qui, samedi, a sauvé un enfant suspendu dans le vide en se hissant de balcon en balcon ou les athlètes du ballon rond qui vont briller en Russie – on l’espère en tout cas! – c’est chaque fois le muscle qui fait foi. L’attaquant Mbappé a beau être réputé pour sa vision tactique et la qualité de ses placements, dans l’imaginaire collectif, c’est par leur puissance que les blacks font la différence. Ou, pour le dire comme on l’entend sur les terrains de foot romands, de la bouche des juniors transis d’admiration: «I sont trop cheatés, les renois!»

La force physique comme une cage dorée? Un peu, oui, même si de nombreux intellectuels, artistes ou hommes et femmes politiques français d’origine africaine invalident le cliché. Mais, pour atteindre la gouvernance, la population black de France doit se méfier de ce bastion, confortable pour les élites, qui la cantonne à la seule vaillance.


Chronique précédente

Vélo volé? Adoptez la puce!

Publicité