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Lausanne doit trouver une nouvelle place dans l'Arc lémanique avec ses communes voisines
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Opinion

Renouveau urbain: comment Lausanne doit passer la vitesse supérieure

Patrick Heiz, architecte ETH Zurich, plaide pour que Lausanne se redéfinisse: il faut fusionner politiquement avec les communes voisines qui forment une réalité sociale, et renforcer le rôle de la municipalité dans la gestion de son territoire

Le système politique suisse prévoit une répartition des pouvoirs entre Confédération, cantons et communes de manière claire et simple, accordant aux municipalités une forte autonomie dans la gestion de leur commune. Dans la pratique, et malgré le succès général du modèle de démocratie directe, c’est l’échelon communal qui s’est le moins bien adapté aux fortes poussées démographiques des dernières décennies: confrontées aux débordements de ses limites, les communes se sont tournées vers l’échelon supérieur pour chercher de l’aide dans la gestion de leur territoire. Pour illustrer la nécessité de remettre la commune au centre du débat sur l’agglomération urbaine, développons notre proposition de fusion de Lausanne avec ses communes voisines.

Le tissu de l’Arc lémanique: presque un continuum

Soumis à une forte croissance économique et démographique, le tissu bâti de l’Arc lémanique est devenu presque continu, sans respect territorial des limites politiques existantes. De Genève à Montreux en passant par Nyon, Morges, Lausanne ou Vevey, les villes et villages des bords du lac ont fortement grandi. Avec aujourd’hui au centre du débat territorial la question des agglomérations urbaines.

Les limites territoriales historiques des entités politiques ne sont plus toujours reconnaissables spatialement. Si les repères géographiques ne font plus forcément référence, les questions d’identification et d’appartenance à un lieu deviennent essentielles. La notion positive de se sentir «à la maison» et fréquemment liée à un bâtiment, mais aussi à son quartier, puis à sa ville ou son village. Le rattachement naturel à la ville la plus proche est ensuite regroupé dans «l’agglomération urbaine» – un concept territorial qui évoque toutefois peu de sentiments positifs pour la plupart des «agglomérés».

Le citoyen concerné et l’agglomération

Avec une limite souvent technique, partiellement subjective et surtout dynamique (liée au phénomène de croissance, elle change tout le temps), la définition précise du territoire de l’agglomération n’est pas centrale pour ses habitants. C’est un sujet à débattre entre spécialistes, mais a priori peu important pour le citoyen directement concerné.

Dès que l’on parle de communauté de vie hors du cercle privé (famille, amis), les deux échelles essentielles d’identification et d’appartenance sociale sont d’abord «mon quartier», puis «ma commune». Rares sont les occasions de dire avec la même émotion «mon canton», encore moins «mon agglomération».

La ville, véhicule identitaire

La ville comme véhicule de reconnaissance identitaire s’observe d’ailleurs partout dans le monde. Pour se différencier géographiquement de propositions similaires ou répétitives, le nom d’une ville s’impose régulièrement: Jeux Olympiques de Rio, Biennale de Venise, FC Barcelone. Avec le même succès chez nous: Art Basel, Montreux Jazz, Genève-Servette. Dès qu’il s’agit de s’unir autour d’un projet rattaché à un lieu, les villes sont régulièrement le dénominateur commun derrière lequel une communauté peut se retrouver avec passion.

Partant donc du constat que les villes ont la capacité de fédérer et de rassembler différentes identités autour d’un projet commun, pourquoi ne pas renforcer leur rôle politique? Pourquoi ne pas profiter de l’importante autonomie dont disposent les communes en Suisse dans la répartition des pouvoirs politiques? Pourquoi ne pas attribuer aux communes la responsabilité principale dans le développement de leur propre agglomération?

Mettre à jour la limite territoriale des villes

Aujourd’hui, la réalité du développement des agglomérations en suisse romande est différente. Les deux échelles identitaires fortes (le quartier et la commune) ont un rôle secondaire. La commune est souvent de facto subordonnée au canton ou à des instances «intercommunales». Dès que les enjeux liés aux infrastructures communautaires débordent d’une seule commune (ce qui est à peu près toujours le cas), les municipalités sont certes impliquées dans le processus de décision – mais elles ne sont pas en première ligne.

Ce que nous suggérons est simplement une «mise-à-jour» de la limite territoriale des villes de l’Arc Lémanique. Une clarification qui permette de retrouver simplement les échelons efficaces du système politique suisse (commune, canton, Confédération). Combien de couches parallèles («schémas» directeurs, groupes de travail intercommunaux, comités de pilotage) ont été inventées ces dernières décennies pour pallier dans l’urgence à la croissance rapide? Tous ces organes intermédiaires ont contribué fortement à instaurer une distance technique entre la municipalité et sa population.

Accepter que les villes aient grandi

Il ne s’agit pas de remettre en question le travail professionnel exécuté par le canton dans la gestion du territoire, ni l’engagement dévoué des élus locaux dans leur commune. Au contraire, il s’agit d’utiliser les compétences de chaque échelon politique au mieux de ses dispositions, comme le système le prévoit: la commune pour la proximité, le canton pour le territoire étendu et la cohérence de l’ensemble.

Mais pour effectuer cette mise-à-jour, il faut d’abord accepter que les villes aient grandi: ce qui était hier l’agglomération est aujourd’hui la nouvelle commune. Pour redonner du pouvoir aux villes et à leurs quartiers, deux propositions concrètes: fusionner politiquement les communes voisines qui forment une réalité sociale, et renforcer le rôle de la municipalité dans la gestion de son territoire.

Une fusion par le haut

Moyen simple de regrouper des destins convergents, la fusion doit se faire «par le haut»: emmenée par un syndic ambitieux, la municipalité n’attend pas d’être en crise pour se saisir des enjeux urbains de son environnement élargi. Elle s’ouvre généreusement à ses voisins immédiats, en proposant une union durable des destins. La «grande» ville doit être humble et aborder les «petites» communes sur un pied d’égalité, avec le statut de partenaires. «Par le haut» parce qu’initiée par des municipaux visionnaires – à ne pas confondre avec «de haut», ou la plus puissante essaie de s’imposer aux autres.

La fusion clarifie une réalité déjà vécue par ses habitants et redonne un élan positif aux ambitions collectives d’une ville. Indirectement, elle met en valeur les spécificités «locales» – chaque ancienne commune venant compléter une constellation de différents lieux de vie. A l’image des cantons de la Willensnation helvétique: formons ainsi une Willensstadt, qui mette en valeur la diversité d’une ville plurielle, riche de nombreux quartiers à forte identité!

Une municipalité devenue visionnaire

La fusion ayant consolidé les liens existants, la nouvelle municipalité et son administration se trouvent renforcées vis-à-vis des instances cantonales. Le regroupement des services communaux permet une efficacité faisant aujourd’hui souvent défaut aux petites communes, très bien intentionnées mais débordées par l’ampleur de la tâche. La municipalité n’est plus seulement gestionnaire – appliquant les règles mises en place par une instance supérieure – elle devient visionnaire.

Une commune forte est celle qui représentera l’ensemble des habitants de son territoire. Au-delà des mouvances partisanes (qui généralement sont peu importantes à l’échelon local, où les personnalités priment sur la couleur politique), pourquoi ne pas rêver d’une municipalité ou peu importe les 4 de gauche et 3 de droite? Et si le premier tour d’élections par quartier débouchait sur une nouvelle formule magique avec 2 de l’ouest, 1 de l’est 1 du nord et 2 du centre? Avec ensuite un deuxième tour général pour définir qui sera le ou la syndique capable de rassembler et guider l’ensemble?

Lausanne et ses récentes élections municipales

Revenons à Lausanne et à ses récentes élections municipales. De nombreux syndics charismatiques ont jalonné son histoire depuis les années 70 (dont trois sont devenus conseillers fédéraux), incarnant véritablement l’esprit de la ville et portant fièrement ses couleurs. A la question de savoir s’il deviendrait le «visage de l’agglomération», le nouveau syndic de Lausanne, Grégoire Junod, répondait dans ces pages que «la politique d’agglomération […] est un serpent de mer […], il faut travailler avec les outils existants pour construire l’agglomération malgré tout».

Mettre fin au serpent de mer

Si le changement d’outils n’est effectivement pas nécessaire, la municipalité doit reprendre la main au canton sur son territoire en assumant que Lausanne a débordé au-delà de sa limite actuelle. Et poursuivre logiquement par la fusion des communes, en redéfinissant la ville comme une constellation de quartiers. Une chance pour définir ensemble un projet identitaire collectif – fini le serpent de mer!

Dès qu’il s’agit de communiquer vers l’extérieur de manière claire et évidente, le bon sens prend d’ailleurs déjà aujourd’hui le dessus: connaissez-vous l’Ecole Polytechnique Fédérale d’Ecublens (EPFL) ou l’Ecole Cantonale d’Art de Renens (ECAL)?

Une ville ambitieuse assume ses responsabilités

Une ville ambitieuse doit assumer ses responsabilités et reprendre «en première ligne» un rôle dans le développement de son territoire élargi. Si de nombreuses questions sont fonctionnelles et administratives, le vrai défi de la politique d’agglomération est avant tout identitaire. Alors que le nouveau syndic de Lausanne, Grégoire Junod, vient de reprendre la responsabilité d’un département regroupant l’urbanisme et la culture: osons espérer que ce qui réunira ses deux dicastères soit l’envie de cultiver pour Lausanne une fière identité urbaine qui dépasse ses limites actuelles!


Patrick Heiz, architecte diplômé ETH Zurich

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