Au mois de mars 2011, Sergei Ordzhonikidze, directeur général de l’Organisation des Nations unies à Genève, quittera ses fonctions en laissant sur la table un document de travail qui donnera du fil à retordre à son successeur, aux organes de l’ONU, aux Etats membres et en particulier aux autorités suisses et genevoises. C’est le plan directeur des travaux d’aménagement du Palais des Nations, bâtiment inauguré en 1936 et qui a besoin d’une importante réfection.

Ce projet deviendra actuel dès que sera achevée la rénovation du Palais de l’ONU à New York et il dominera sans doute la vie de la Genève internationale dans la seconde moitié de la décennie.

Il s’ajoute à d’autres plans d’assainissement de bâtiments d’organisations internationales, tels que le Bureau international du travail ou l’Organisation mondiale de la santé, sans parler des chantiers en cours à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), le plus important, l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) et l’UIT (Union internationale des télécommunications).

Dans un monde idéal, les organisations auraient constitué des réserves financières qui leur permettraient de faire face aux dépenses d’investissement qui s’annoncent. C’est le cas des deux dernières citées.

Mais d’autres grandes agences ont privilégié la part de leur budget consacré à la coopération au développement. Elles n’ont généralement pas voulu sacrifier leur programme aux nécessités de la discipline financière, en vue de grands travaux à venir. A la recherche de sources de financement, elles ont tendance à se tourner vers les Etats. Ceux-ci seront-ils tenus de participer à ces travaux selon la clé de répartition fixée pour leurs contributions au fonctionnement des institutions de l’ONU, comme c’est le cas pour le Palais de verre de New York?

Ou bien la communauté internationale fera-t-elle comprendre à l’Etat hôte qu’elle attend un geste plus important de sa part? Ce d’autant plus que la hausse du cours du franc a amputé les agences de 10% de leur revenu ces deux dernières années.

C’est un enjeu d’importance pour Genève, que Micheline Calmy-Rey, vice-présidente du Conseil fédéral, a signalé dans un récent discours. Elle évoque à ce sujet, entre autres et sans la rejeter, l’opinion de ceux qui «suggèrent que la Suisse puisse, contrairement à sa pratique, envisager de contribuer aux frais de rénovation».

Mais ce n’est là que l’un des défis de la Genève internationale. Micheline Calmy-Rey place au troisième rang de ses priorités pour Genève la question des infrastructures pour Genève – outre la rénovation des bâtiments en mauvais état, la mise à disposition de logements, de surfaces pour bureaux diplomatiques. Le premier risque qu’il faut écarter est celui de la concurrence d’autres villes en Europe, en Asie ou au Proche-Orient; le second tient à l’attrait de Genève qui est à préserver du double point de vue des thèmes majeurs de la gouvernance mondiale et de la visibilité des acteurs, prêts à renforcer la capacité des organisations de Genève à interagir (effet de «cluster»).

Il incombe en premier lieu à la Confédération de neutraliser une éventuelle concurrence internationale ou de proposer des sujets de nature à revitaliser l’action des organisations internationales. En revanche, il revient à Genève de piloter la question des infrastructures, quitte à développer les partena­riats publics-privés et à mobiliser Berne. L’appel de Singapour ou de Dubaï (dont l’étoile a pâli en raison des limites apportées par les Emirats au régime des immunités diplomatiques) sera plus facile à combattre si l’offre de Genève tient la route dans le secteur du logement et des grands travaux. En plus de la FIPOI, l’instrument commun à la Confédération et au canton en matière d’immobilier pour la Genève internationale, Berne s’attache, sous l’empire de la nécessité, à la participation du secteur privé.

La Chambre de commerce, d’industrie et des services et la Banque Cantonale de Genève ont publié le mois dernier un rapport qui documente l’impact du secteur international sur la vie économique genevoise et son insertion dans le tissu économique du canton. Ce secteur génère 6,5% du PIB cantonal, on estime à 2,5 milliards de francs ses retombées positives, et c’est l’un des premiers employeurs du canton. Cet état des lieux ne débouche cependant pas sur des perspectives d’avenir et n’aborde guère de données qualitatives.

Il serait temps que les autorités cantonales fassent part à leur tour de leur vision pour l’avenir de la Genève internationale, et notamment des chantiers à ouvrir pour maîtriser les problèmes d’infrastructure. Un recensement de l’ensemble des problèmes de bâtiments, du logement et des écoles qui se présentent, évaluant les besoins et les solutions possibles en dehors de toute routine permettrait d’y voir clair. La presse autrichienne exprimait récemment son inquiétude du fait des coupures de budget qui pourraient affecter UN-City à Vienne: car à Genève, pendant ce temps, dit-elle, on continue à investir. Qu’en sera-t-il demain?

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