Charivari

Rentrée des classes, le deuil des parents

OPINION. On parle du blues des petits au moment de quitter le nid? La plus grande épreuve est vécue par les parents qui doivent laisser le monde extérieur entrer dans leur foyer. Pas facile, mais essentiel

«Il ne trouvera jamais quelqu’un comme lui», s’inquiète Madame, la trentaine métissée. «Peut-être, mais maintenant, ce n’est plus ton problème», constate Monsieur, ferme sans être cassant, derrière sa barbe parfaitement taillée. Le père tient par la main le benjamin qui sautille, étranger au drame en train de se jouer. Il a bien vu son frère entrer à reculons dans un bâtiment géant vers lequel couraient d’autres enfants, mais il ne sait pas à quel point le destin de son aîné, ce héros, va se jouer derrière ces murs blancs.

Drame? Destin? De quoi parle-t-on qui sonne si tragique? D’un épisode saisi au vol, lundi matin, jour de rentrée des classes. De cette première fois où l’enfant évolue loin du regard protecteur de ses parents. Bien sûr, les crèches, les garderies ou les mamans de jour ont déjà souvent rempli cet office de socialisation, mais l’école, c’est plus turbulent, plus exigeant, simplement plus grand.

Rien n’est joué au départ

Et c’est bien. La dame élégante peut se rassurer. Dans cette entreprise du savoir, les alliances sont si multiples et si imprévisibles que rien n’est joué au départ. Son fils est différent? Chaque élève l’est et on ne parle pas des enseignants…

Le plus beau cadeau que les parents peuvent offrir à leurs enfants est de les laisser vivre cette étape en toute tranquillité. Sans interférer. Ni juger prématurément. Et, surtout, sans projeter leurs angoisses ou leurs attentes sur ces instants. Plus facile à dire qu’à faire.

Cette amie, par exemple, craint que le climat scolaire cadre peu avec ses valeurs féministes et progressistes. Elle soupire: «A quoi bon inculquer à ma fille qu’il n’y a pas de rapports de force entre les genres si, dès les premiers jours, un petit garçon lui saute dessus et lui vole un baiser en prétendant être son amoureux pour la vie?» Cette autre maman déplore le ton musclé des préaux. «On prône la négociation à la maison alors qu’à l’école, les insultes fusent de tous côtés. J’ai peur que tout ce qu’on leur a appris parte en fumée!»

A la rentrée des classes, on parle beaucoup du blues des petits. De leur difficulté à quitter le nid. Ça arrive bien sûr. Mais le vrai deuil incombe aux parents. Ils doivent accepter que, désormais, d’autres voix, d’autres pratiques se mêlent à leur vision de l’éducation. Ils doivent partager l’autorité. Plus simplement, ils doivent collaborer avec le monde extérieur et non lui résister. Plus facile à dire qu’à faire, mais tellement nécessaire. Car aimer son enfant, c’est le laisser grandir et l’autoriser à se différencier. Bonne rentrée!


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