Avec une régularité qui menace de devenir lassante, chaque rentrée apporte l'image de la dispersion de l'école romande. Ici les vacances ont duré sept semaines, ailleurs huit. Dans une partie des cantons les élèves retrouvent leurs maîtres aujourd'hui, dans une autre ils attendront encore huit jours. Il y a même quelques cantons qui raffinent, et qui n'ont pas encore unifié la date de reprise des cours sur leur territoire.

Cet éparpillement-là serait anecdotique, et même quelque part sympathique, s'il ne reflétait des différences moins anodines pour les élèves comme pour leurs parents. Plus grave: ces cycles qui ne correspondent pas, ces orientations qui se font tantôt en sixième, tantôt en cinquième année, ces réformes entrées dans les mœurs là (Neuchâtel), menées au pas de charge et dans la grogne générale ici (Vaud), mais pratiquement abandonnées là-bas (Valais). Autant d'obstacles à la mobilité des enseignés et des enseignants, autant d'obstacles surtout à une compréhension globale du système de formation.

Résultat de cet émiettement: chacun se replie sur soi, défend ses particularismes, s'applique à des redécoupages en dentelle de ses spécificités. Cela, les états-majors des divers Départements de formation ou d'instruction savent le faire. A l'inverse, leur seul organe de coordination, qui est la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, n'a pas le moindre rapprochement nouveau à se mettre sous la dent cette année.

Cette absence de dynamique a une autre conséquence, qui est d'entraver le débat romand sur la formation. Celui-ci a tendance à se concentrer sur des enjeux techniques, à patiner dans l'ornière consistant à se demander comment dépasser enfin une parcellisation héritée de l'histoire. Or l'école fait face à des interrogations autrement plus importantes, qu'il s'agisse de sa place dans une société où l'apprentissage est appelé à devenir permanent, de sa fonction dans un environnement où les moyens de dispenser le savoir ne lui sont plus réservés. Hors de la Suisse romande, ces questions sont sur la table.

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