La chronique

Rentrée politique

A peine revenus de vacances aussi caniculaires que bénéfiques, les Suisses se trouvent plongés dans une rentrée politique animée. A huit semaines des élections fédérales, pas question pour les partis, leurs ténors et les innombrables candidats aux Chambres de se laisser oublier. Les invectives pleuvent de la gauche sur la droite, quand ce n’est pas le contraire, le centre ne se manifestant guère tant il lui est déjà difficile de garder l’équilibre qu’exige cette position peu confortable en politique. Quels sont les enjeux?

En résumé, la gauche (les socialistes et les Verts) et la droite (l’UDC et le PLR) se positionnent aux deux extrêmes d’un axe principal opposant les notions d’égalité et de prospérité. La difficulté pour le citoyen est de placer son curseur sur cet axe afin de prioriser l’une ou l’autre de ces valeurs. Spontanément, personne ne peut nier l’importance du principe d’égalité vers lequel il faut tendre, quand bien même c’est une utopie puisqu’il n’existe pas à l’état de nature. Mais c’est le propre de l’homme de s’éloigner de son statut animal pour tenter de transcender sa destinée et, sous cet angle, l’égalité est un but à poursuivre. Evidemment, il s’agit d’égalité des chances et d’égalité devant la loi, et non pas de nivellement par le bas ni de totalitarisme égalitariste, véritables perversions du concept.

A côté de cet idéal élevé, la prospérité semble être un objectif très terre à terre et c’est bien cela qui permet à la gauche de gagner des voix sur une droite souvent qualifiée de matérialiste. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est la prospérité qui permet de parvenir à une meilleure égalité. Elle offre les ressources pour une large redistribution sociale et pour des infrastructures de qualité offertes à tous. Elle maintient le taux de chômage au plus bas et l’offre en soins de santé au plus haut. Elle conditionne surtout les esprits à une plus grande générosité, difficile en temps de pénurie, lorsque les estomacs sont vides.

Là, certains diront que, au contraire, la prospérité pousse à l’égoïsme et que le fossé social ne s’est jamais autant creusé dans les pays riches. Heureusement, c’est faux! Ce mois-ci, une information du très respectable institut de recherche BAK Basel et du Centre des sciences économiques de l’Université de Bâle attestait que les écarts salariaux se rétractaient. Ce phénomène proviendrait à la fois de la stagnation des hauts revenus et de la progression des salaires les plus bas. De même, on lisait en début d’année que le taux d’extrême pauvreté dans le monde avait été divisé par trois entre 1981 et 2011.

Bien sûr, on peut considérer que rien n’est gagné et qu’il faut continuer à œuvrer. Mais puisque c’est la prospérité qui a permis d’améliorer l’égalité, il faut donc en maintenir coûte que coûte les conditions-cadres, ce d’autant qu’il n’y a pas de corollaire: une politique égalitariste n’aide pas l’économie, voire elle lui nuit quand elle adopte des mesures artificielles comme des impôts confiscatoires ou des systèmes d’arrosage dispendieux. Le choix est donc vite fait.

mh.miauton@bluewin.ch

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