Incidences

La rentrée politique de Tony Blair: honni soit qui mal y pense

L’ancien premier ministre britannique démonte les arguments du Brexit et évoque la possibilité d’un nouveau référendum

Tony Blair a tenu le 17 février dernier un grand discours de politique européenne. Sans remettre en cause le résultat du référendum du 23 juin 2016, il en appelle d’un électorat mal informé et victime de promesses fallacieuses à un peuple britannique plus au fait des véritables enjeux qu’implique la sortie effective de l’Union européenne.

Le gouvernement poursuit une politique de «Brexit à tout prix»: ce n’est pas raisonnable. Le rapport coût/bénéfice de l’opération doit être sans cesse évalué – et si le prix en apparaît trop élevé, les Britanniques doivent pouvoir revenir sur leur choix. L’ancien Premier ministre ne se prononce pas ouvertement pour un second référendum mais il est déjà arrivé dans le passé que le peuple revote sur le même objet avec un résultat différent. Il en est allé ainsi de la dévolution de pouvoir à l’Ecosse, d’abord rejetée, et de l’appartenance à l’UE, approuvée en 1975.

Contradictions du Brexit

Où sont les annonces faramineuses de lendemains qui chantent propagées par les partisans de la sortie, les 350 millions hebdomadaires qui seraient reversés à la sécurité sociale? Evaporés! Lesdits partisans se sont disloqués au lendemain du vote; depuis lors ils sont rongés par leurs contradictions. En perdant son ancrage européen, la Grande-Bretagne n’est plus en mesure de jeter un pont vers l’Amérique à l’heure où ce serait plus nécessaire que jamais.

L’orateur démonte les arguments du Brexit: il ne reste plus que le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne et l’immigration. Mais franchement, personne n’est en mesure de citer un cas concret où la Cour serait intervenue à mauvais escient. En fait on la confond avec la Cour européenne des droits de l’homme, un organe qui ne dépend pas de l’Union européenne. Quant à l’immigration, en quoi un plongeur polonais dans un restaurant de Londres prend-il son emploi à un chauffeur du Yorkshire? En fait, c’est l’amalgame entre immigrés de pays hors de l’Union et de travailleurs venus d’Europe qui fait problème. Une sortie de l’UE n’apportera qu’une limitation de douze pour cent des immigrés au maximum. Le jeu en vaut-il la chandelle? Les progressistes ne doivent pas ignorer les peurs légitimes des gens à ce propos mais en parler ouvertement en se fondant sur des faits.

Mondialisation et identité nationale

Cette question s’inscrit dans un contexte qui va bien au-delà du Brexit, celui de la mondialisation, qui requiert l’affirmation de principes tels que l’identité nationale et les valeurs culturelles. C’est un autre combat. Ce qui est pertinent, c’est qu’à l’heure de la montée en puissance de la Chine, bientôt suivie par l’Inde et de la réaction aux Etats Unis, on voit bien que seul un bloc cohérent de pays est en mesure de faire front. Et c’est le moment que Londres choisit pour détricoter les deux accomplissements majeurs de la politique britannique en Europe ce dernier quart de siècle, le marché unique et l’élargissement. Où est l’intérêt du pays?

Au passage, l’ancien Premier ministre mentionne l’appel qu’il a lancé conjointement avec son prédécesseur John Major relativement à la cohésion du Royaume-Uni – le Brexit pourrait entraîner la sécession de l’Ecosse. La première ministre écossaise Nicola Sturgeon n’attendrait que l’ouverture des négociations avec l’UE le mois prochain pour réclamer un nouveau référendum sur l’indépendance.

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