Il n’est de combats perdus d’avance que ceux que l’on n’a pas livrés, mais il faut avouer que le scrutin du 28 février sur l’initiative de l’UDC pour l’expulsion des délinquants étrangers s’annonce sous de fâcheux auspices. Après les attentats de Paris et les agressions sexuelles dont ont été victimes des centaines de femmes la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne et ailleurs, le climat porte aux solutions expéditives plus qu’aux scrupules juridiques.

Et pourtant, il faut le souligner avec force: les remèdes proposés par l’UDC sont un leurre. Il est aisé de démontrer que leur application débouchera sur des résultats inadaptés et absurdes. Les agresseurs de la Saint-Sylvestre, pour reprendre ce cas, échapperaient à l’expulsion pour peu qu’ils n’aient pas dépassé le stade des attouchements sexuels, car ce type d’infractions ne figure pas parmi les délits entraînant un renvoi automatique.

Autre exemple: s’ils devaient être reconnus coupables, les quatre Irakiens qui répondront prochainement devant la justice fédérale d’appartenance à une organisation criminelle pour avoir voulu créer une cellule de l’État islamique en Suisse, n’auraient à craindre une expulsion automatique que s’ils avaient déjà eu affaire à la justice précédemment. La participation et le soutien à une organisation criminelle ne justifient en effet un renvoi, aux yeux de l’UDC, que si l’étranger a déjà subi une condamnation antérieure, quand bien même il représenterait un danger majeur.

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On pourrait poursuivre l’exercice, mais on le voit bien: le parti de Christoph Blocher a produit un texte irréfléchi, au ciblage grossier. Tout à sa phobie du droit international, l’UDC semble vouloir surtout alimenter une tension permanente entre le peuple souverain et les «juges étrangers». À cet égard, la clause de l’initiative qui prévoit la primauté des dispositions de cette dernière sur les traités internationaux est probablement celle qui est susceptible de causer le plus de difficultés à long terme. À elle seule, elle justifie le rejet catégorique d’un texte qui prépare le terrain à une nouvelle initiative de l’UDC, en phase de récolte des signatures, destinée à faire primer cette fois définitivement toutes les initiatives sur les traités.

L’État de droit, dont les règles sont l’aboutissement d’une tradition pluriséculaire consolidée par les tragédies de l’histoire européenne, n’est pas permissif par nature. Ces principes auxquels aujourd’hui le Conseil fédéral, le Parlement et tous les grands partis à l’exclusion de l’UDC demandent aux citoyens de rester fidèles, ne sont nullement incompatibles avec la politique de très grande fermeté qu’appellent les événements récents. Mais la fermeté, ce n’est ni l’arbitraire ni le mépris du droit.