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© Keystone / GAETAN BALLY

Opinion

Et si nous reparlions des working poor?

OPINION. Entre 140 000 et 300 000 travailleurs en Suisse sont pauvres. Il est temps de se pencher sur le problème, estime le professeur de la HES-SO Eric Crettaz, qui esquisse des solutions.

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive», qui vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

Consultez notre page spéciale: Economie inclusive

Après avoir fait couler beaucoup d’encre au début des années 2000, le thème des working poor attire bien moins l’attention aujourd’hui. Pourtant nous devons continuer à en parler, notamment parce que les politiques sociales mettent de plus en plus l’accent sur le retour à l’emploi des personnes au chômage et inactives.

Lire aussi: La Suisse compte plus de 600 000 pauvres, et la tendance est à la hausse

L’idée qu’on puisse dire qu’il y a des «pauvres» en Suisse dérange passablement. Ici, je parle de personnes ayant des revenus très inférieurs à ce que la plupart des habitants de la Suisse connaissent. Je vous laisse choisir comment vous souhaitez qualifier cet état. Mais dans la recherche en sciences sociales, on dit «pauvre».

8,6% de la population active

Certes, avoir un emploi protège la grande majorité de la population des difficultés financières. Néanmoins, 140 000 personnes au bas mot (selon les statistiques officielles reposant sur une définition très restrictive) jusqu’à environ 300 000 travailleurs et travailleuses sont concernés par la pauvreté laborieuse, ce qui est substantiel dans tous les cas. Comment calcule-t-on ce dernier résultat? L’indicateur qui domine la littérature scientifique consacrée aux working poor est un seuil fixé à 60% du revenu médian. On additionne les revenus de tous les membres du ménage (y c. les prestations sociales), puis on soustrait les charges sociales, les impôts et les primes d’assurance maladie, et on calcule la médiane – la moitié de la population a un revenu inférieur, l’autre un revenu supérieur – et on multiplie par 0,6. En utilisant les données de l’Enquête sur les revenus et les conditions de vie en 2015 de l’OFS et en incluant toutes les personnes actives au moment du sondage, j’arrive à un taux de pauvreté de 8,6% de la population active [1].

Le fait que seule la moitié des «working poor» échappent à la pauvreté grâce aux prestations sociales interroge

La réflexion la plus importante, du point de vue des politiques publiques, consiste à comprendre pourquoi/comment on se retrouve dans cette situation. Avec des collègues, nous avons identifié quatre mécanismes principaux. Avoir un faible salaire est le premier d’entre eux, et c’est celui qui vient spontanément à l’esprit. Mais le nombre d’heures de travail hebdomadaire des membres du ménage en est un autre, très important. Le troisième mécanisme est le fait d’avoir des besoins supérieurs à la moyenne des ménages suisses. Ces deux derniers mécanismes sont étroitement liés à la présence d’enfants dans le ménage, un facteur de risque pesant lourd en Suisse, où la plupart des mères réduisent substantiellement leur taux d’activité professionnelle. Enfin, des prestations sociales inadéquates, ou le non-recours à ces prestations, constituent le quatrième mécanisme.

La question des transferts sociaux

On peut ainsi observer statistiquement que le nombre d’heures de travail par adulte dans le ménage et le nombre d’enfant(s) par adulte ont un impact très important: à partir de 30 heures de travail par adulte par semaine, le risque de pauvreté baisse nettement, alors qu’à partir d’un enfant par adulte dans le foyer, la probabilité de connaître la pauvreté augmente clairement. En ce qui concerne le salaire, l’effet est également notable: passer de moins de 4100 francs à un salaire entre 4100 et 5740 francs fait baisser le taux de pauvreté notablement. Enfin, la question des transferts sociaux est essentielle: sans ces apports aux revenus des ménages, le pourcentage de travailleurs et travailleuses pauvres serait deux fois plus élevé.

Ces résultats sont éclairants pour les politiques publiques: un salaire minimum (qui n’est d’ailleurs pas prévu au niveau national) n’aurait un impact que pour une partie des personnes touchées, surtout celles n’ayant pas d’enfant et travaillant à plein-temps. Pour les autres, il s’agirait surtout de leur permettre de travailler davantage sans forte hausse des dépenses (frais de garde, impôts, frais professionnels supplémentaires, etc.), piste intéressante pour la Suisse, qui a un marché du travail très performant. Enfin, le fait que seule la moitié des working poor échappe à la pauvreté grâce aux prestations sociales interroge sur l’adéquation des politiques de lutte contre la pauvreté (aide sociale et autres prestations similaires), qui sont plutôt conçues pour les personnes sans emploi. Seuls quelques cantons ont récemment introduit des politiques ciblant spécifiquement les personnes actives, dont l’efficacité reste à évaluer. La discussion ne fait, donc, que commencer.

[1] Eric Crettaz (2018). La pauvreté laborieuse en Suisse: étendue et mécanismes. Social Change in Switzerland No 15, www.socialchangeswitzerland.ch

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