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Yvan Perrin s'est réjoui de la disparition de «L'Hebdo» 
© LAURENT GILLIERON

Opinion

Réplique aux ricanements nauséabonds d’Yvan Perrin sur la mort de L’Hebdo

Le politicien UDC s’est distingué en disant que le parti socialiste et le Nouveau mouvement européen suisses devraient désormais, avec la suppression de l’Hebdo, payer eux-mêmes leur propagande. La tentation est grande d’ignorer ces propos, tant ils soulèvent le cœur. Mais que disent-ils, plus en profondeur? L’analyse de François Cherix

Cyniques, certains nationalistes se sont réjouis de la disparition de L’Hebdo. Dans ce registre lamentable, Yvan Perrin s’est distingué en disant que le parti socialiste et le Nouveau mouvement européen suisses devraient désormais payer eux-mêmes leur propagande. La tentation est grande d’ignorer ces propos, tant ils soulèvent le cœur. Mais le temps des haussements d’épaules est passé. Nous sommes entrés dans celui de la défense des libertés fondamentales. Dans ce combat, la goguenardise accueillant la mort d’un magazine essentiel pour la Suisse romande est aussi révélatrice qu’inquiétante. Elle nous indique à quel niveau sont montées les eaux brunâtres, qui rongent les piliers de nos démocraties.

Mépris crasse des médias

Premièrement, pour Yvan Perrin, la disparition d’un journal est source de plaisanterie. Ce mépris des médias est aussi celui de la démocratie, qui n’existe pas sans eux. Deuxièmement, les socialistes et les pro-européens sont réduits à des propagandistes, que L’Hebdo, cela va de soi, se contentait de relayer servilement. Autrement dit, toute analyse s’écartant des thèses brutales de l’UDC est sans valeur. Troisièmement, les citoyens contestant la doxa nationaliste n’ont qu’à payer pour s’exprimer. En clair, les socialistes et les pro-européens ne sont pas des acteurs politiques respectables, auxquels la parole peut être donnée. Insensés, ils ne font pas partie du débat public, ni de la vraie Suisse.

A l’évidence, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir inspire nos populistes locaux. Sa croisade contre les journalistes qualifiés de personnes parmi les plus malhonnêtes sur terre, les menaces de son stratège Steve Bannon pour qui les médias doivent écouter ou se taire, les faits alternatifs inventés par sa conseillère Kellyanne Conway, cette volonté affichée de contrôler les esprits encourage leur rêve d’une Suisse guidée par leurs seules vérités.

Le souvenir des nazis

De plus, cette patte du régime qui se pose sur l’opinion renvoie aux années trente. Dans leur conquête du pouvoir, les nazis ont mené une guerre sans merci contre les médias. En outre, ils ont identifié et appliqué de manière systématique quatre grands principes. Supprimer la réflexion au profit des émotions, allant de la peur au rire. Répéter en boucle quelques idées simples, en utilisant des expressions stéréotypées. Tronquer l’argumentation, en laissant flotter les sous-entendus. Critiquer et diffamer les opposants, notamment en les peignant en oppresseurs.

Efficaces, ces principes se retrouvent dans le style d’Yvan Perrin. Ricaner de la mort d’un magazine réduit à un support écervelé de propagandistes illégitimes, cette invective abaisse le débat au point qu’il devient impossible. L’objectif visé par la méthodologie nazie était d’ailleurs d’éliminer de la scène publique non seulement les journaux, mais aussi les mots permettant de s’opposer à l’idéologie dominante. Goebbels a résumé de manière implacable ce nécessaire appauvrissement du langage et de la pensée. «Nous ne voulons pas convaincre les gens de nos idées, nous voulons réduire le vocabulaire de telle façon qu’ils ne puissent exprimer que nos idées». Il faut rappeler que Joseph Goebbels dirigeait le «Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda». En plus de porter la voix du régime, la mission était donc «d’éclairer le peuple», en plongeant des pans entiers du langage dans l’obscurité. Effarant renversement, les nazis ont ainsi entraîné les Allemands à la mort, aux antipodes des Lumières, dont la déclinaison germanique au XVIIIe siècle fut précisément l’Aufklärung.

Nous ne nous tairons pas

Aujourd’hui, Yvan Perrin doit le savoir: nous, socialistes ou pro-européens, nous ne nous tairons pas. Vigilants, nous ne laisserons pas le débat démocratique se réduire aux ricanements. Et nos mots sont forts, bien plus que les cris des autocrates, parce qu’ils admettent les faiblesses des sociétés et qu’ils en appellent à ce qu’elles ont de meilleur: la conscience parfois chancelante mais jamais détruite que seule la coopération bienveillante entre les peuples donne un sens à l’humanité.


François Cherix, coprésident du Nouveau mouvement européen suisse


A propos de la fin de L'Hebdo

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