Opinion

La réponse de Pierre-Marcel Favre à l'«appel au secours d’un musulman»

Interpellé par un courrier de lecteur, Pascal Gemperli livrait début septembre dans «Le Temps» des exemples de «terrorisme prétendument chrétien» mis en regard du «terrorisme prétendument islamique». L’éditeur Pierre-Marcel Favre lui donne la réplique

Cet appel à l'aide vient de Pascal Gemperli, président de l’Union vaudoise des associations musulmanes, publié par Le Temps il y a quelques jours. C’est théoriquement assez habile de sa part de renverser la situation en employant la victimisation.

Retrouvez ici le texte de Pascal Gemperli L’appel au secours d’un musulman

Il y a, tous les jours, de par le monde, des attentats ou des préparations d’attentats, revendiqués au nom de l’islam, qu’il le veuille ou non. De l’Espagne à la Suède, de la Russie à la Thaïlande, de l’Indonésie à l’Australie, du Maroc à la Turquie, du Nigeria à la Tunisie, etc., etc.

Ce responsable musulman agrège des situations sans rapport pour tenter de faire croire que l’islam est une victime et les chrétiens et quelques autres des terroristes. Qu’en est-il en réalité?

Reprenons ses citations.

Les anti-balaka, vous ne savez probablement pas qui ils sont. Précisons tout d’abord que l’ancien président Bozizé de Centrafrique a été balayé par des milices musulmanes venues du Nord, aidées par des pays voisins, les salakas. «Anti-balaka» signifierait «anti-machettes». Ces milices ont été fondées pour contrer les bandits de grand chemin, coupeurs de routes. Ils sont avant tout animistes plus que chrétiens et ce sont des résistants à une agression. Certes, dans la confusion générale et la guerre civile qui se sont ensuivies, ils ont aussi été coupables d’excès. Mais de là à les présenter comme des combattants chrétiens…

Pas de rapport avec la chrétienté

Le militant Gemperli évoque le Front national de libération de Tripura comme une nuisance chrétienne. Ce n’est pas sérieux. Il s’agit d’une minuscule secte indienne dont les membres sont estimés entre 150 et 850 (contre 1,4 milliard d’habitants pour le pays). Ils se prétendent chrétiens issus d’une église baptiste fondée par des Néo-Zélandais en 1940. Et ils ont à leur passif quelques attentats, exclusivement contre des hindous. Quoi de général, de massif?

Le Ku Klux Klan n’a aucun rapport avec l’islam ni même avec le christianisme

Notre héros musulman évoque aussi le Conseil national socialiste du Nagaland. C’est presque comique. Je reviens de l’Assam, immense territoire indien à l’est du Bangladesh. Le Nagaland est un des sept Etats de l’Assam. On a affaire à une ethnie très différente de ses voisines, qui réclame son indépendance, souhaitant se débarrasser de la tutelle de l’Etat central indien depuis 1947. Quel est le rapport avec la chrétienté et l’islam? Aucun.

Gesticulation avec un drapeau vert

Le grand historien et géographe Gemperli tient à évoquer le Ku Klux Klan. Ces horribles racistes s’opposent violemment aux Noirs et aux Juifs, localement, dans le sud des USA. Ces encagoulés étaient 4 millions en 1920. Bien heureusement, aujourd’hui, ils ne seraient plus que 8000 membres (de trop…). Encore une fois, aucun rapport avec l’islam ni même avec le christianisme.

Pour finir cette gesticulation avec un drapeau vert, notre converti évoque l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda. De nouveau, aucun rapport avec l’islam et guère avec le christianisme. Il y a en Afrique et en Amérique du Sud des dizaines voire des centaines de prophètes prétendument chrétiens qui fondent une «Eglise». Et ils ont un certain écho auprès de populations désorientées. Ainsi, le tristement fameux Joseph Kony a embarqué des enfants soldats dans des troubles invraisemblables. Ils seraient, dans la brousse, entre 500 et 3000. Mais qu’est-ce que cela vient faire quand on évoque l’islam et la chrétienté? Rien. Il s’agit de phénomènes régionaux, ethniques et spécifiques.

Je me garderai d’en dire plus. Tenter de banaliser les excès de l’islam par des exemples sans consistance n’est pas très efficace.

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