Malgré les affirmations du roi Hamad que les réformes étaient en cours, Bahreïn continue de se diriger vers une répression toujours plus forte. Depuis le début des manifestations massives en février 2011, les autorités ont répondu aux demandes exprimées dans la rue par une campagne brutale, tuant plusieurs dizaines de manifestants et faisant usage de la torture et de mauvais traitements contre les détenus. Plusieurs personnes sont d’ailleurs mortes pendant leur détention. Des dizaines de leaders civils et politiques et des centaines d’autres manifestants ont été placés en détention. Certains ont été condamnés à perpétuité pour des «crimes» tels que la «détention de brochures politiques», la «participation à des manifestations illégales» ou pour avoir appelé à une monarchie constitutionnelle. En août 2012, Nabil Rajab, président du Centre bahreïni pour les droits humains, a été condamnée à trois ans de prison pour avoir organisé et participé à trois manifestations entre janvier et mars 2012.
Donnant suite à la pression internationale, le roi avait pourtant accepté de créer la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn, composée d’experts internationaux. Son solide rapport, publié en novembre 2011, a documenté la pratique de la torture, les exécutions, les arrestations arbitraires et les autres violations systématiques des droits humains, dénonçant une «culture de l’impunité». La commission avait recommandé de libérer tous les détenus politiques et d’amender les législations afin qu’elles n’enfreignent plus les normes internationales. Le roi Hamad a accepté publiquement de mettre ces recommandations en œuvre. Pourtant, les activistes sont toujours en prison.
De nouvelles lois visent également à laminer l’engagement et l’activisme politique. Alors que les conditions d’enregistrement sont largement défavorables aux ONG, adhérer à une organisation non enregistrée est sanctionné par le code pénal. Par ailleurs, le gouvernement a récemment préparé un projet de loi autorisant les autorités à dissoudre ou à s’emparer des structures dirigeantes des organisations qui se montrent critiques à l’égard du gouvernement. En mai, le parlement a amendé la loi sur les réunions publiques interdisant toute manifestation près des endroits fréquentés par le public ou qui soulèveraient des questions de sécurité, et demande aux organisateurs de fournir une caution de 20 000 dinars (presque 50 000 francs) avant toute manifestation.
Sous la pression internationale, Manama avait entamé des discussions pour un engagement du Haut-Commissariat aux droits de l’homme – mais celles-ci ne semblent pas progresser. Les autorités avaient aussi accepté une visite du rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, mais ce dernier a vu sa visite repoussée indéfiniment dix jours seulement avant qu’il ne s’envole pour Bahreïn. Face à ces démonstrations de manque de bonne foi et alors qu’assez de temps a été donné aux autorités bahreïnies pour répondre aux appels de la communauté internationale, le Conseil des droits de l’homme ne doit pas laisser fléchir sa pression.
Le Conseil des droits de l’homme, lors de sa prochaine session ce mois de septembre, devra donc clairement exprimer que les autorités de Bahreïn n’ont pas saisi la chance qui leur était donnée et exiger la fin de la répression, la libération des prisonniers politiques, l’abrogation des lois répressives, ainsi qu’un engagement honnête avec les institutions et les experts de l’ONU. Faute de progrès tangibles, c’est l’adoption d’une résolution solide qu’il faudra explorer. La Suisse, qui est sans doute le meilleur acteur à même de continuer à rassembler les points de vue d’autres Etats pour se pencher sur la crise qui s’éternise à Bahreïn, aura encore un rôle important à jouer.
Le Conseil des droits de l’homme doit placer les autorités du petit Etat face à leurs responsabilités
La Suisse est sans doute le meilleur acteur à même de réunir les voix pour se pencher sur la crise