Nombre d'observateurs considèrent que le canton de Vaud basculera à gauche l'an prochain. La victoire des forces socialistes, communistes et écologistes serait inévitable si l'on en croit les pythies. Ces dernières appuient leur prédiction sur les résultats des dernières élections cantonales neuchâteloises, genevoises et bernoises. Ce pronostic résulterait également de la poussée des formations de gauche enregistrée lors de la récente désignation des autorités communales vaudoises.

Si le péril d'un changement de majorité menace indubitablement les Vaudois, sa réalisation n'est pas inéluctable. Pour l'épargner aux Vaudois, l'actuelle majorité politique doit faire prévaloir l'enseignement des faits sur les fantasmes ou sur les ambitions personnelles. Les élections neuchâteloises, genevoises et lausannoises ont démontré qu'une droite désunie est une droite défaite. A cet égard, les socialistes et les écologistes n'éprouvent pas le moindre scrupule à nouer des alliances électorales avec des formations politiques autrement plus extrémistes que ne l'est l'UDC. A Berne, la leçon donnée par l'électeur réside dans le rejet de l'outrecuidance de cette dernière à vouloir obtenir seule la majorité absolue au Conseil d'Etat.

Sur le plan stratégique, la droite doit proposer, pour l'élection du Conseil d'Etat, une liste faisant, sans arrogance, une juste place à l'ensemble des formations qui la composent. Constituée d'abord de cinq fortes personnalités au plus, issues pour quatre d'entre elles des partis radical et UDC et des libéraux pour la dernière, cette liste doit être arrêtée d'ici à l'été. La «cuisine» politique - dont l'importance ne saurait malheureusement être négligée - étant réglée «à froid», il sera temps de faire prédominer ce qui intéresse véritablement nos concitoyens: un projet consacré par un bilan.

L'actuelle majorité de droite peut en effet se prévaloir d'incontestables succès qui, il y a cinq ans, lorsqu'ils furent énoncés dans son programme électoral avaient suscité au mieux scepticisme et le plus souvent moqueries. De surcroît, les plus significatives de ces réussites portent sur le problème cardinal de notre canton et n'auraient jamais été obtenues avec un gouvernement de gauche. Après seize ans de déficits continus, l'Etat retrouve l'équilibre financier. C'était un engagement primordial pris par la droite en 2002. Il est aujourd'hui tenu. Cet assainissement est réalisé sans augmentations d'impôts. C'était un engagement pris par la droite en 2002. Il est aujourd'hui, lui aussi, tenu.

La concrétisation, certes agitée, de ces deux succès suscita de fortes tensions entre ses artisans. Ces dernières, inévitables, doivent s'estomper devant le résultat qu'elles ont contribué à obtenir.

Le respect démontré des promesses faites (équilibre des comptes sans augmentation d'impôt) crédibilise les engagements futurs. Ceux-ci doivent comprendre notamment la réforme de la chaîne pénale - du jugement à l'exécution de la peine, seule à même de répondre au légitime souci de sécurité de nos concitoyens. L'enseignement devra également faire l'objet de propositions visant à améliorer sa qualité et à favoriser son adéquation avec les exigences de la vie professionnelle. La fiscalité et les règles régissant l'octroi des aides sociales devront être réformées en vue de promouvoir la création individuelle et collective de richesses ainsi que la réinsertion professionnelle.

Une stratégie, un bilan, un projet. Le tout doit incarner la conviction exprimée par Guizot: «Nous avons plus de confiance dans les faits consacrés par le temps que dans les essais de la pensée humaine.» Ainsi, les Vaudoises et les Vaudois ne connaîtront pas le dépit des révolutionnaires français; ces derniers, constatant les déceptions résultant du changement de régime qu'ils avaient pourtant appelé de leurs vœux, ressassaient leurs illusions perdues en maugréant: «Que la République était belle sous l'Empire!»

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.