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Le pape François au Vatican, le 25 octobre 2017.
© AFP

Hexagone Express

République et religion, l’urgence du pape François et de Mahomet

CHRONIQUE. Alors que le retour des djihadistes chassés de Syrie et d’Irak inquiète en France, le livre d’entretiens du pape François et celui de l’historien britannique Tom Holland sur l’islam devraient être largement distribués, discutés et commentés

République française et laïcité: depuis les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, puis ceux de novembre 2015 contre le Bataclan notamment, le cordon ombilical entre les institutions républicaines et la foi des croyants est au cœur du débat politique hexagonal. Pour preuve: l’inquiétude légitime causée, ces jours-ci, par les victoires de l’armée irakienne et des forces kurdes – aidées de commandos français et américains – contre les sanctuaires de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, dont la conséquence risque d’être le retour au pays des familles de djihadistes, et d’anciens combattants extrémistes eux-mêmes.

Que dire, dans un pareil contexte, sur les religions, leur mission et leurs origines? Comment expliquer l’islam à ceux qui, comme l’a très bien raconté dans nos colonnes mon collègue Christian Lecomte à travers le portrait d’une mère d’une adolescente lyonnaise radicalisée, ne veulent plus qu’y voir rigorisme et châtiments?

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Parole pontificale audible

Deux très bons livres publiés récemment apportent des réponses, de façon très différente. Le premier est l’ouvrage d’entretiens de l’universitaire Dominique Wolton avec le pape François, sur Politique et société (Ed. de l’Observatoire). La grande qualité de celui-ci est d’abord son accessibilité à tous. Le pape François – jésuite, mais dominicain pour son goût de la parole et franciscain par sa simplicité, explique l’auteur – n’a pas, contrairement à son prédécesseur Benoît XVI, un besoin permanent de complexité théologique. Il parle simple. Il dit les choses. Et comme pour ses précédents livres d’entretiens à succès (avec le philosophe Raymond Aron ou le cardinal Lustiger), le spécialiste de la communication qu’est Dominique Wolton parvient à instaurer une proximité qui rend la parole pontificale audible.

L’Eglise catholique que veut incarner le pape François, premier Latino-Américain à diriger le Saint-Siège, ressemble à celle que voulait sans doute le père Jacques Hamel, tué par deux jeunes radicalisés le 26 juillet 2016 à la fin de sa messe matinale, près de Rouen. Le ministre français de l’Intérieur et des cultes, le maire de Lyon Gérard Collomb – souvent présenté comme un franc-maçon «catho-friendly» – pourrait suggérer des lectures publiques d’extraits de ce livre dans les écoles, en même temps que d’autres textes religieux.

Car c’est un livre de réconciliation, d’appel, et d’espérance à la fois qui prend à bras-le-corps la complexité du monde et les défis de la modernité. Autre suggestion: inviter Dominique Wolton, chercheur du CNRS laïc s’il en est, à venir parler dans les écoles et dans les universités de ce pape qu’il a rencontré plus d’une dizaine de fois. On aimerait que le Bondy Blog, lancé jadis par notre Hebdo suisse et toujours bien vivant dans la banlieue parisienne, le convie à une de ses «master class». Débat assuré. Message de paix et de compréhension mutuelle garanti.

Thèse controversée

Un autre livre éclaire, ces jours-ci, les soutes religieuses d’une république qui s’interroge. Il s’agit de A l’ombre de l’épée, de l’historien britannique Tom Holland (Ed. Saint-Simon). Changement complet de style cette fois. L’auteur, qui compte plusieurs best-sellers à son actif et collabore avec la télévision, défend une thèse très controversée: celle des racines grecques, romaines et judaïques de l’islam.

Les successeurs du prophète Mahomet auraient, selon lui, emprunté aux religions qui existaient avant l’islam pour façonner et codifier après coup ce culte répandu au fil des grandes invasions arabes. Une sorte de contre-histoire. Pour avoir assisté à Paris à un dîner avec Tom Holland, en présence d’un ambassadeur musulman, j’ai constaté combien le débat pouvait devenir houleux. Gare, donc, à la tentation de réécrire l’islam d’un point de vue trop occidental! Mais la démarche de Tom Holland revêt, d’un point de vue français, un intérêt particulier. Elle questionne. Elle ouvre la voie à la mise en cause historique du dogme. Là aussi, ceux qui enseignent la religion dans l’Hexagone devraient s’en emparer.

La laïcité à la française, cela a souvent été dit durant les années 2015 et 2016 marquées par le sceau du terrorisme islamique, ne doit pas conduire à la «négation» des religions. Elle n’est pas non plus conçue comme une arme pour les éradiquer. Elle offre à l’Etat, séparé des cultes – à l’origine, pour émanciper la République du catholicisme – une saine distance et un espace de réflexion. Dominique Wolton - Tom Holland, ou comment réconcilier religion, histoire, politique et société? Ce débat-là est une urgence républicaine.


A lire:

«Politique et société», pape François et Dominique Wolton (Ed. de l’Observatoire)

«A l’ombre de l’épée», par Tom Holland (Ed. Saint-Simon)

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