Editorial

Les réseaux sociaux, coupables par négligence?

A chaque attentat, les politiciens essaient de trouver un moyen de canaliser la fureur populaire. Ce week-end, Theresa May a accusé les réseaux sociaux de faciliter la diffusion de la propagande terroriste

A chaque attentat, les politiciens essaient de trouver un moyen de canaliser la fureur populaire. Ce week-end, Theresa May a accusé les réseaux sociaux de faciliter la diffusion de la propagande terroriste. Pour la première ministre britannique, ils ont contribué à la radicalisation d’internautes devenus des tueurs sanguinaires. Ses propos s’avèrent en partie exagérés, et la réalité est plus complexe. Reste qu’il n’est pas inutile, ni incongru, qu’un responsable politique exige plus de conviction de toutes les parties dans la lutte contre le fléau de ce début de siècle.

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Les réseaux sociaux, et Facebook en tête, ont longtemps été naïfs. Avec la liberté d’expression dans une vision très américaine en étendard, la première communauté virtuelle du monde a conquis presque deux milliards de membres. Parmi ceux-ci, des individus radicalisés ont compris tout l’avantage qu’ils pouvaient tirer d’une telle exposition. Les principaux réseaux ont été rappelés à l’ordre par différents pays et cela a porté ses fruits. Cela ne se serait pas passé spontanément sans la pression exercée par les différents gouvernements mis au défi par le radicalisme islamiste.

Mais les réseaux sociaux ont encore d’immenses efforts à réaliser. Ils agissent certes de manière purement défensive et ne peuvent intervenir qu’après publication, ce qui rend leur travail complexe. Il n’empêche. Les algorithmes ont été développés pour agréger un maximum de public autour de la publicité. Il serait juste que des sommes importantes viennent aussi affiner cette acuité au sujet des propos violents, discriminants ou terroristes. Hier encore, le Musée de l’Hermitage à Lausanne voyait une de ses vidéos retirée de son compte par Facebook, pour nudité à cause d’un tableau de Modigliani. Pourquoi une censure privée d’un côté de la part d’une grande entreprise quand il est question de licence artistique et un tel laisser-aller quand il s’agit de questions autrement plus cruciales?

Comme le droit est interrogé sur la question de ce qui est permis ou pas dans l’activité numérique, vient aussi le moment de savoir si les fabricants d’outils électroniques – smartphones ou assistants personnels intelligents, par exemple – doivent davantage collaborer avec les autorités dans les affaires criminelles. C’est aux Etats de poser des limites aux opérateurs privés tout en se préservant de dérives autoritaires. Ce sera un des nombreux défis posés par la technologie ces prochaines décennies.

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