Le modèle du réseau de soins n’est pas nouveau. Il fonctionne à satisfaction depuis une vingtaine d’années et regroupe aujourd’hui 1,3 million d’assurés dans une centaine de réseaux.

La révision de la loi sur l’assurance maladie, attaquée en référendum, ne fait qu’entériner ce modèle tout en prévoyant une modeste incitation financière pour le rendre plus attractif aux yeux des assurés. Pourquoi donc ce projet suscite-t-il des oppositions?

Pour le corps médical et les soignants en général, le réseau de soins intégrés représente un véritable changement de paradigme. Dans le modèle libéral, le patient choisit librement son médecin, voire ses multiples thérapeutes. Il entretient plusieurs relations bilatérales avec son généraliste et divers spécialistes. Les prestations fournies sont remboursées par l’assurance de base. La logique économique de ce modèle valorise les maladies plutôt que la santé: la rémunération est fonction du nombre d’actes exécutés.

Dans le réseau de soins intégrés, le patient est pris en charge de manière à optimiser les ressources disponibles: tous les soignants du réseau coopèrent au traitement, c’est le règne du multilatéralisme. La collaboration et l’échange de savoir au sein d’une équipe doivent garantir une meilleure qualité des soins et même des économies grâce à la chasse aux doublons. Le budget négocié avec les assurances donne le cadre financier des rémunérations. Les dépenses dépassent-elles ce cadre, le réseau devra prendre en charge la moitié du dépassement, tout comme il encaissera la moitié d’un éventuel bénéfice: une incitation à éviter les actes superflus.

Ou la porte ouverte à une médecine au rabais, comme le prétendent les adversaires du projet? L’accusation ne tient pas puisque l’intérêt du réseau réside précisément dans la bonne santé de sa clientèle. Des traitements de mauvaise qualité péjorent l’état de santé des patients. Ils finissent par coûter cher aux assurances et à ternir la réputation du réseau. Les réseaux vont donc miser sur la qualité et même élargir l’offre de prestations remboursées au-delà de ce que permet l’assurance de base (nutrition, médecines alternatives…); la nouvelle loi les y autorise. Tout comme elle leur facilite la prise en charge des cas lourds, en particuliers les malades chroniques: la compensation des risques entre assurances ne prendra plus seulement en compte l’âge et le sexe, mais également les séjours hospitaliers et la morbidité.

On comprend que les médecins spécialistes et les hôpitaux voient d’un mauvais œil le rôle de pilote attribué aux réseaux. Ils y perdront une partie de leur clientèle s’ils rechignent à passer contrat avec ces derniers.

Mais que viennent donc faire les syndicats et la gauche dans cette galère d’oppositions très intéressées? Les assurances sortent affaiblies de cette révision. D’une part elles devront abandonner la gestion des réseaux de soins et renoncer à toute participation financière dans ce secteur: à chacun son travail. D’autre part elles seront confrontées à des partenaires puissants – des réseaux de plusieurs milliers de patients – capables de négocier d’égal à égal.

Certes, dans ce système le libre choix absolu du médecin disparaît. Mais dans un réseau qui devrait regrouper plusieurs dizaines, voire plus de cent fournisseurs de prestations, le soignant ne sera pas pour autant imposé au patient. Et un réseau n’aura aucun intérêt à refuser à l’un de ses patients de continuer à recourir à un spécialiste qui le suit de longue date.

L’incitation au développement des réseaux n’empêchera pas les assurés qui le veulent de s’en tenir au libre choix complet. Il leur en coûtera une participation annuelle aux frais de 1000 francs au maximum, soit 300 francs de plus qu’actuellement. Il n’y a pas là matière à une opposition frontale de la gauche, qui semble avoir opté pour la politique du pire en vue de favoriser son initiative pour une caisse maladie unique.

Le modèle du réseau de soins a fait l’objet de débats parlementaires depuis une décennie. Le compromis réalisé n’est certainement pas parfait. On aurait pu choisir d’obliger les caisses à contracter avec les réseaux, comme c’est le cas avec les médecins indépendants. Plutôt que de faire porter le poids des incitations financières aux assurés partisans d’une médecine libérale, on aurait pu imaginer une diminution des tarifs pour les soignants réfractaires au travail en réseau. Mais un échec du projet retarderait de plusieurs années le développement d’un modèle qui répond au besoin de coordonner et d’optimiser les interventions d’une médecine moderne toujours plus complexe. Un modèle qui conjugue les exigences d’économicité et de qualité.

Une médecine

au rabais? Non,

car l’intérêt du réseau réside précisément dans la bonne santé

de sa clientèle

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