L'année 2020, présentée en couverture de Time Magazine comme la pire de l'histoire, a vu la «résilience» fleurir dans les discours politiques. Déjà en mars 2020, quand Emmanuel Macron s’empare de cette notion dans le cadre de la lutte contre la pandémie, il voit les médias français s’interroger sur l’usage de ce terme et la stratégie qu’il décrit. Un an plus tard, lors du dernier Forum économique mondial, le président français plaide pour une économie plus résiliente. Selon lui, le capitalisme du «monde d’après» doit être pensé avec l’humain et le climat.

Issue de la physique, puis introduite en psychologie et en écologie, la notion ambiguë de «résilience» a ensuite intégré les sciences sociales. Depuis un certain temps déjà, géographes, politologues et anthropologues ont développé un corpus critique, insistant sur l’importance de préciser le sujet ou l’objet associé à cette notion. En se situant au-delà d’une approche uniquement technicienne des crises, de nombreuses voix ont ainsi démontré que la résilience n’est pas toujours désirable. Si, avant la pandémie, le terme était déjà incontournable dans les organisations internationales, il est aussi fréquemment proposé dans le discours politique comme remède à tous les maux, qu’ils soient naturels ou sociaux. Les fondations philanthropiques ne sont pas en reste: déjà en 2013, la Fondation Rockefeller crée le réseau des «100 villes résilientes». Au travers de partenariats public-privé, l’implication croissante des fondations et des entreprises dans le domaine des risques alimente d’autant plus la critique. La résilience est vue comme un outil néolibéral permettant à l’Etat de se soustraire à la gestion des crises.