George Bush vient de réussir deux exploits de communication: il a remis l'Irak en vitrine de l'actualité mondiale en bricolant, contre la perception générale, un lien de cause à effet entre Saddam Hussein et le terrorisme islamiste; et il peut aujourd'hui couvrir sa manœuvre du blanc manteau du Conseil de sécurité, unanime à renvoyer des inspecteurs musclés en Irak.

Les huit semaines qui se sont écoulées depuis qu'il a mis l'ONU en demeure de le suivre dans sa volonté de détruire le régime irakien ont cependant apporté d'intéressantes informations.

D'abord que le langage et la menace de la force comptent: il suffit qu'un acteur y recoure pour organiser le jeu politique mondial autour de ses propres priorités. Ciblant l'Irak avec la puissance potentielle des Etats-Unis, George Bush a obligé tout le monde à s'interroger sur la nature d'un régime qui n'empêchait personne de dormir jusqu'ici. Saddam Hussein de son côté a été contraint d'accepter le principe des inspections qu'il refusait depuis 1998.

Ensuite que le langage et la menace de la force ne comptent pas exclusivement ni ne sont à bien plaire: on est rassuré depuis hier sur le fait que la résistance paie et que la négociation reste un instrument fort des rapports entre Etats. L'opposition de la France à une résolution qui aurait constitué un blanc-seing aux Etats-Unis a permis un débat sur les règles et les valeurs au terme duquel un point crucial est acquis: l'ONU continue d'être respectée comme institution centrale des relations internationales. C'est elle qui décidera si les inspecteurs – ses inspecteurs – auront pu accomplir leur mission. Il y aura peut-être des désaccords, les Etats membres jugeront peut-être différemment les conclusions fournies, mais ils devront encore en discuter. Et si guerre il doit y avoir, les buts qu'en avait cavalièrement fixés George Bush devront être mieux argumentés.

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