Ces prochaines heures, ou peut-être ces prochaines minutes, vous allez sans doute utiliser, sur votre smartphone, les services de WhatsApp, Signal, Facebook Messenger ou Threema. Des services de messagerie fiables, pratiques et qui possèdent surtout une énorme qualité: la sécurisation des conversations. Les communications sont chiffrées, ce qui signifie que, hors circonstances exceptionnelles, personne ne peut accéder à vos messages. Comme protection de sa sphère privée, difficile de faire mieux. Et ce bouclier autour de nos communications a d’autant plus de valeur, aujourd’hui, que nos données personnelles sont sans cesse pillées, achetées et revendues par une myriade d’acteurs du numérique.

Mais cette protection est en danger. Car qui dit chiffrement des milliards de messages envoyés chaque jour, dit impossibilité pour les autorités d’y avoir accès. En Suisse, le législateur est tenté d’affaiblir ce chiffrement via la révision de plusieurs ordonnances. La manœuvre est pour l’heure étrange et confuse: les autorités semblent prendre prétexte de l’adaptation du cadre légal autour de la 5G pour y glisser des mesures visant à empêcher le chiffrement des données.

Des intentions louables

Au niveau européen, la volonté est beaucoup plus franche: un projet de loi vise à obliger les plateformes numériques à scanner en permanence les messages, avec le but clair de lutter notamment contre la diffusion de contenu pédopornographique.

Que ce soit en Suisse ou au niveau du continent, les intentions du législateur semblent louables. Mais elles comportent des risques énormes. Car affaiblir le chiffrement des communications, c’est tuer le chiffrement. Autoriser des Etats à accéder aux messages via des portes virtuelles uniquement accessibles à eux est totalement illusoire: des criminels auront vite fait de repérer ces accès et de les utiliser eux aussi.

Demander aux géants de la tech de scanner en permanence tout le contenu mis en ligne est tout aussi problématique. Il s’agirait alors d’une analyse totale de nos messages commise par le secteur privé, ce qui n’a rien de rassurant. On se souvient que l’année passée, Apple avait évoqué un système de détection par défaut, pour tous ses utilisateurs, d’images liées à de la pédopornographie. Mais face aux risques énormes de dérive – que faire en cas de faux positif, par exemple? –, Apple avait gelé ce projet.

Affaiblir le chiffrement n’est jamais une bonne idée, car c’est la porte ouverte à une surveillance de masse. Cette tension entre les Etats d’un côté, les géants du numérique de l’autre, dure depuis des années. Aux premiers de réfléchir aux conséquences de leurs projets de loi. Aux seconds de proposer d’autres solutions techniques. Il y va de la défense de nos libertés individuelles à tous.

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