L'UDC est prise en flagrant délit. Elle qui passe son temps à clamer par monts et par vaux que le respect de la volonté populaire constitue le socle inébranlable de la démocratie directe se fait prendre à son propre piège. L'engagement de soldats armés pour leur propre défense dans des missions de maintien de la paix à l'étranger a été accepté par 51% de la population en juin 2001. Et la réforme Armée XXI a, elle, été approuvée par 76% des voix en mai 2003. Samedi, l'UDC a estimé que la coopération internationale, dont font partie les missions à l'étranger, ainsi que des pans importants d'Armée XXI devaient être remis en question et l'a manifesté en adoptant à une écrasante majorité un document de fond qui met son conseiller fédéral Samuel Schmid dans une position très inconfortable.

Bien sûr, l'UDC prétexte que la situation a changé depuis que le peuple a voté en faveur de l'armement des soldats engagés à l'étranger. Et l'on a entendu une déléguée romande affirmer que le peuple avait approuvé Armée XXI parce qu'il avait été victime de «désinformation». Comment rester sans réagir face à de telles affirmations quand on songe à ce que l'UDC dit dans d'autres campagnes? Si, comme elle le prétend, la situation a changé depuis juin 2001, pourquoi n'a-t-elle pas appliqué ce même argument à l'adhésion à l'ONU? La situation n'a-t-elle pas évolué entre 1986, date à laquelle le peuple suisse a dit non, et 2002, date à laquelle il a dit oui? Un mur, du côté de l'Est, n'est-il pas tombé entre-temps? Et que dire de la campagne menée par Ulrich Schlüer et ses amis contre les naturalisations facilitées? L'évolution de la population musulmane en Suisse telle qu'elle a été présentée dans leurs annonces n'est-elle pas de la désinformation?

Personne ne conteste que la mise en œuvre d'Armée XXI est perfectible. Cette réforme souffre de ratés, des ajustements seront nécessaires. Mais ce n'est pas tellement cela qui intéresse l'UDC. Plus que jamais, le parti met le turbo sur les thèmes qui ont fait son succès, à savoir la politique étrangère, la politique des étrangers, la défense nationale et la sécurité, quatre domaines qu'il considère comme un ensemble indissociable. Il est prêt à tout pour parvenir à ses fins: une Suisse neutre, indépendante, autonome, qui se défend seule et choisit souverainement, voire égoïstement ses échanges. Il est prêt à tout pour cela, même à remettre en question les votations populaires qui le dérangent, même à occulter les scrutins qui ne servent pas ses desseins, comme la réforme de la péréquation financière.

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