L'Union cycliste internationale termine aujourd'hui – avec les coureurs – sa série de consultations sur le dopage. Elle promet une prise de position officielle dès jeudi. Le Comité international olympique réunit sa commission exécutive le 20 août. Les premières condamnations dans le procès fait aux responsables de la natation de l'ex-RDA vont commencer à tomber. Des entraîneurs de football font des révélations en Italie et en Angleterre. Les déclarations et les articles se multiplient. Depuis les scandales du Tour de France, le rideau semble s'être soudain déchiré et les langues se délient.

Dans l'Equipe Magazine de samedi dernier, Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour de France, déclarait: «Tenez, il y a quelques années Albert Bouvet, directeur sportif de la Société du Tour, proposait ses moyennes horaires pour préparer notre livre de route. Les coureurs étaient arrivés systématiquement trente ou quarante minutes avant les horaires prévus. Maintenant, avec le recul, je comprends pourquoi…» Pourquoi?

A l'époque, ces performances étaient attribuées aux vertus admirables des sportifs. Et on se contentait de cette explication. Aujourd'hui, ce n'est plus possible. Le spectacle sportif ne suscite plus un enthousiasme innocent. On admire les exploits des joueurs de football et on déplore leurs défaillances – comme celle de Ronaldo avant la finale de la Coupe du monde – mais, en même temps, on se demande: pourquoi?

Et comment? On admire les athlètes qui établissent les meilleures performances de la saison et battent des records du monde, et on se demande: comment? Et pourquoi?

Pendant des années, les journalistes – qu'on s'empresse maintenant de déclarer complices du dopage – voyaient leurs sources se rétracter dès qu'il était question de publier leurs informations en désignant nommément les coupables. Maintenant, ceux qui parlent sont presque considérés comme des héros. «J'espère qu'il y aura des centaines de Zülle et de Dufaux dans le peloton», s'exclame Jean-Marie Leblanc.

Nous attendons beaucoup des fédérations sportives: qu'elles prennent conscience de leurs responsabilités, qu'elles pratiquent la transparence.

Nous attendons beaucoup des pouvoirs publics: qu'ils votent des lois sages et qu'ils préservent la liberté des sportifs aussi bien que leur santé.

Nous attendons beaucoup des médecins et des entraîneurs: qu'ils préparent des athlètes à la fois performants et purs.

Nous attendons beaucoup des sportifs: qu'ils gagnent, battent des records et soient en même temps des exemples pour nos enfants.

Mais qu'attendons-nous du public, c'est-à-dire: qu'attendons-nous de nous-mêmes? Il ne sera possible d'en finir avec le dopage que si chacun d'entre-nous cesse de gober le spectacle sans se poser la question du comment et du pourquoi.

L'expression «je ne savais pas» a couvert les plus grands crimes du vingtième siècle. Le dopage n'est sans doute pas un crime à la mesure de ceux qui ont ensanglanté notre époque, mais l'affaire du Tour de France aura au moins eu le mérite d'interdire à quiconque de prétendre un jour qu'il ne savait pas.