«Une erreur humaine en période de crise causée par l’aventurisme des Etats-Unis a mené au désastre.» C’est ainsi que le ministre iranien des Affaires étrangères a caractérisé sur Twitter les circonstances du crash qui a coûté la vie à 176 personnes mercredi dernier. Une erreur humaine? L’enquête, si elle peut aboutir, dira ce qui, dans la chaîne de commandement des Gardiens de la révolution, a pu mener à une telle catastrophe. Depuis samedi et une volte-face inédite dans l’histoire de la République islamique, le système s’emploie à faire porter la faute à un officier supérieur. L’homme a déclaré aux caméras du monde entier qu’il aurait préféré mourir que d’assister à un tel drame. Soit.

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Mais la notion essentielle dans le tweet de Mohammad Javad Zarif tient à «l’aventurisme des Etats-Unis». Donald Trump, en tuant le major général Qassem Soleimani le 3 janvier, a certes fait monter les enchères dans le jeu trouble auquel se livrent Washington et Téhéran depuis quatre décennies. Impossible en effet pour l’Iran de ne pas répondre. Mais la responsabilité de l’administration américaine s’arrête là. Le tir d’un missile contre un avion de ligne décollant de l’aéroport international d’une capitale et suivant le plan de vol annoncé est de la seule responsabilité du pays concerné.

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La ligne de défense du ministre est depuis répétée par les médias officiels. Elle trahit à quel point les dirigeants de la République islamique sont incapables de rendre des comptes à leurs propres citoyens. Seuls deux paramètres expliquent que le mur du silence ait fini par s’effondrer. D’abord, parce que des vidéastes amateurs ont capté la séquence des événements. Ensuite, parce qu’il s’agissait d’un vol international et que l’enquête implique des experts étrangers – dont les spécialistes ukrainiens forgés par le drame du vol MH17 qu’un missile russe a abattu dans le Donbass en 2014.

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Si la colère s’exprime de nouveau à Téhéran et ailleurs, c’est donc que l’argumentaire blâmant «l’aventurisme américain» atteint ses limites. De nombreux Iraniens se souviennent encore de la férocité de la répression de novembre dernier, ultime manifestation d’un système dont l’unique réflexe tient à tirer sur ses opposants. Le Grand Satan américain a bien des torts. Mais pas celui d’avoir abattu mercredi dernier un avion rempli de civils.

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