Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Les dirigeants du Parti socialiste pourraient ruminer la question. Car le procédé choisi pour recruter une successeure à la conseillère fédérale démissionnaire Simonetta Sommaruga leur a causé des problèmes dont ils auraient pu se passer. On est évidemment toujours plus malin a posteriori. Mais que de précipitation et de fébrilité!

Surtout que l’objectif final, à savoir remplacer une ministre par une autre femme, ne surprend guère. Il répond même à la plus plate logique. Le PS s’engage pour l’égalité depuis des années et promeut les régimes de quotas. Pourquoi dès lors brûler les étapes et se tirer une balle dans le pied? Le message féministe aurait pu passer autrement, en ouvrant dans un premier temps les candidatures à toutes et tous, tout en soulignant la nette préférence accordée aux candidates.

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Processus interne cisaillé

En lieu et place, la présidence socialiste a brusquement cisaillé le processus interne. A la clé, une grosse polémique et des accusations de discrimination compréhensibles. Heureusement pour lui, le PS peut faire valoir trois candidatures féminines de valeur, avec des parcours complets et des compétences reconnues. Après de grosses secousses en vol, l’atterrissage s’annonce plus calme.

En cela, un parallèle peut être tiré avec l’autre parti devant repourvoir un poste ministériel, l’UDC. Son ticket de candidats tient la route, principalement grâce à la présence d’Albert Rösti, politicien respecté. Mais le processus n’a pas été exempt de remous.

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Force est de constater que nombre de premiers couteaux se sont désistés très rapidement. La plupart ont estimé que la fonction de conseiller fédéral ne convenait pas à leur quotidien (Diana Gutjahr, Franz Grüter), d’autres ont souffert de la mauvaise coordination interne, comme Natalie Rickli, déjà impliquée dans la campagne électorale de son canton.

Rösti, l’arbre qui cache la forêt

Le plus grand parti de Suisse aime vitupérer contre les institutions déconnectées des vraies réalités, mais au moment de prendre le taureau par les cornes, les candidats se font rares. Albert Rösti est un peu l’arbre qui cache la forêt.

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Malgré ces accrocs, PS et UDC peuvent faire valoir une chose: une certaine volonté de concordance au moment de sélectionner leurs champions. Partis des pôles, ils misent sur des personnalités ayant fait leurs preuves sur le terrain politique et apparemment capables de compromis. Les camarades présentent deux femmes alémaniques de l’aile droite et la Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider, plus à gauche, mais au bénéfice d’une longue expérience dans un exécutif penchant à droite. L’UDC, quant à elle, a renoncé aux personnalités les plus clivantes, Magdalena Martullo-Blocher et Thomas Aeschi.

C’est un enseignement appréciable, à l’heure où le Conseil fédéral a furieusement besoin de retrouver une nouvelle dynamique.

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