C'est l'histoire d'un type qui est à quatre pattes sous un réverbère. Un autre type passe et lui demande ce qu'il fait là. «Je cherche mes clefs», répond le premier type. «Vous êtes sûr que c'est ici que vous les avez perdues?» s'enquiert le second. «Non, en fait, je sais que je les ai perdues là-bas. Mais ici, il y a de la lumière.» Elle n'est pas neuve, je sais. Mais j'y pense beaucoup ces derniers temps.

Prenez la guerre en Irak. Ceux qui étaient contre estimaient que la vraie menace venait d'Al-Qaida, une menace nouvelle et complexe face à laquelle il était important de constituer un front aussi large que possible, et que ce n'était vraiment pas le moment de s'aliéner l'opinion arabe. Ceux qui étaient pour au sein de l'administration américaine faisaient valoir trois éléments: 1) S'il n'avait pas d'armes de destruction massive, Saddam Hussein avait très envie de s'en procurer. 2) S'il n'avait pas de contact avec Al-Qaida, il pouvait en avoir demain. Et 3) de toute façon, les Etats-Unis, après le coup du 11 septembre, devaient reprendre l'initiative. Mais la vraie ligne de partage, selon Richard Clarke, l'ancien czar de la lutte antiterroriste, est ailleurs. Selon lui, le camp des faucons anti-Saddam est composé d'hommes restés dans leur tête au stade la Guerre froide. A un combat compliqué contre un ennemi insaisissable, ils ont préféré un exercice connu: une opération militaire tout ce qu'il y a de classique contre un ennemi conforme aux normes de l'emploi – un dictateur ultranationaliste d'inspiration socialisante. Ils ont cherché leurs clefs sous le lampadaire. Mais dans l'ombre, Oussama ben Laden prépare la suite.

Prenez aussi, dans un autre domaine, le débat sur la dépénalisation du cannabis. Ceux qui sont pour disent qu'une réglementation différenciée constitue le meilleur moyen de canaliser les nouvelles réalités constituées par la généralisation de la fumette et le développement d'une culture indigène de chanvre. Ceux qui sont contre disent que le chanvre est plus dangereux qu'on l'a dit et toujours plus dosé en THC. Et surtout que les jeunes souffrant du manque d'interdits clairs, ce n'est pas le moment de supprimer l'interdit légal qui pèse sur la marie-jeanne, même s'il est un peu brouillé. Mais je suis comme Richard Clarke: j'ai une interprétation différente. En réalité, les opposants à la dépénalisation du chanvre ont peur d'autre chose: des incivilités, de la violence dans les préaux, de l'illettrisme, de la démission des adultes et de la défonce. Ils décident de chercher la solution de tous ces problèmes compliqués sous le lampadaire de la loi sur les stupéfiants. Mais à trop laisser les juges et les flics se charger de leur responsabilité éducative à leur place, ils risquent fort de perdre pour de bon la clef de leurs mômes.

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