Un malentendu pèse sur les relations israélo-américaines. C'est le ministre israélien des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, qui l'a décelé. Il concerne la «clôture de sécurité» que l'armée israélienne est en train d'édifier sur quelque 95 kilomètres au travers de la Cisjordanie. Les Palestiniens, accuse le ministre, ont lancé une vaste campagne médiatique dont le but est de faire croire que cette construction, composée d'un mur de plusieurs mètres de haut, de barbelés et de miradors, consacrerait l'annexion de facto d'une partie de leur territoire et menacerait le processus de paix. Or c'est exactement le contraire qui est vrai: la clôture vise à protéger le processus de paix en empêchant les attentats terroristes qui pourraient le torpiller.

Le cas n'est pas inédit: les murs ont tendance à aggraver les malentendus, c'est, si on y songe, assez naturel. Ainsi, le Mur de la liberté édifié par les autorités est-allemandes à travers Berlin en août 1961 dans le but de protéger leur population d'une possible attaque de la part des troupes de l'OTAN n'a jamais été bien compris sur son versant occidental, où on a persisté à l'appeler le Mur de la honte jusqu'à sa chute en novembre 1989.

S'agissant du mur de sécurité israélien, le problème n'est bien sûr pas que les Palestiniens ne partagent pas, à son sujet, le point de vue des autorités israéliennes. On a l'habitude. Mais que les Etats-Unis semblent peiner à saisir le caractère fondamentalement pacifique de cette ambitieuse opération architecturale. Colin Powell a ainsi avoué qu'il hésitait encore sur la question de savoir si l'édification de ce mur contribuait ou non à faire avancer le processus de paix.

C'est embêtant: si les Etats-Unis, qui ont l'ambition de conduire d'une main ferme mais amicale le Proche-Orient vers la paix et la démocratie, ne parviennent pas à distinguer ce qui fait avancer le processus de ce qui le fait reculer, on peut craindre que leurs efforts soient empreints de quelques hésitations.

Ce serait particulièrement injuste, toutefois, de le leur reprocher. Dans un autre épisode proche-oriental récent, c'est l'opinion européenne qui s'est singularisée par ses hésitations. Elle hésite même encore aujourd'hui à percevoir tout le sérieux de la menace que le régime de Saddam Hussein faisait peser sur la sécurité des Etats-Unis. Les autorités américaines ont donc dû forcer un peu le trait. Pas beaucoup: une interprétation libre de quelques photos satellite ici, une allusion inexacte, là, à une tentative irakienne d'acquérir de l'uranium, des armes de destruction massive qu'on a un peu de mal à trouver… Ceux qui crient au mensonge font tout simplement semblant de ne pas voir qu'une armée capable de déployer entre cent et deux cents soldats pour neutraliser quatre hommes terrés dans une villa pourrait faire beaucoup mieux si elle avait vraiment l'intention de mentir.

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