C'est un trio auquel je pense beaucoup ces temps. Peter, Laurence J. de ses prénoms et psychologue de son état, est connu pour le principe qui porte son nom. Il y est parvenu par un étonnement: pourquoi diable le directeur de son école s'appliquait-il surtout, plutôt que de promouvoir le niveau des études, à ce que tous les stores se trouvent au même niveau et à ce que personne ne marche sur les pelouses? Après une étude approfondie des systèmes hiérarchiques, il est arrivé à la conclusion que, la promotion faisant partie de la récompense généralement accordée à la compétence, personne ne reste très longtemps à un poste où il brille. Promu toujours plus haut, il se retrouve forcément, un jour, à un poste pour lequel les qualités qui lui ont valu son avancement ne lui sont plus d'aucune utilité. Cela quand le piston n'intervient pas pour accélérer le processus.

Prenez le troisième membre du trio, Blocher, Christoph de son prénom, industriel et politicien de son état. C'était un parlementaire redouté et un tribun de première bourre. Par le système de promotion hiérarchique propre au monde politique et grâce à quelques pistons populaires, il est parvenu à se hisser au Conseil fédéral. Il n'y a pas besoin d'être très intelligent pour faire un homme d'Etat honorable. De nombreux membres d'exécutifs communaux, cantonaux et fédéral le démontrent chaque jour. Mais il faut être capable de s'élever, ne serait-ce qu'un tout petit peu, deux-trois centimètres peuvent suffire, au-dessus de ses intérêts et de ses convictions pour emprunter, en collaboration avec d'autres, la voie du possible. Eh bien, ces deux ou trois centimètres de hauteur manquent à Christoph Blocher. Il a atteint son niveau d'incompétence et l'a prouvé ces derniers temps en se comportant comme un gougnafier avec ses collègues et avec des partenaires obligés comme le HCR.

Murphy, Edward A. Jr de ses prénoms, capitaine dans l'US Air Force de son état, a donné son nom à un autre principe, ainsi énoncé: «If anything can go wrong, it will» (en français courant: si quelque chose peut foirer, ça foirera). Il semble qu'il l'aurait formulé un peu différemment, mais peu importe. La Lex Murphy a connu un retentissement mondial. On peut la concevoir comme un principe de précaution impliquant de toujours vérifier, avant d'agir selon un plan, s'il comporte des faiblesses. Appliquée au cas de Christoph Blocher, la Lex Murphy aurait dû inciter les parlementaires qui l'ont élu à se demander si un type qui doit son succès à son extraordinaire talent pour mettre des bâtons dans toutes les roues ne risque pas un petit peu, une fois au gouvernement, d'y faire de l'obstruction. On peut aussi la comprendre comme un instrument de prédiction. A se fier à la Lex Murphy, par exemple, il y a de fortes chances que George W. Bush soit le prochain président des Etats-Unis.

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