Je peux le dire maintenant que c'est loin derrière moi. Le 6 février, je n'ai pas observé la journée planétaire sans téléphone portable. J'en ignorais l'existence. L'eussé-je connue, d'ailleurs, que ça n'aurait rien changé. Mon portable ne me pose aucun problème. Et je ne vois pas en quoi m'en séparer pour un jour me ferait progresser d'un centimètre vers une diminution des nuisances que m'imposent les portables des autres. Qui couinent au cinéma, carillonnent en pleine réunion ou sont utilisés à tue-tête par des bourgeoises soucieuses de faire savoir à je ne sais quel(le) inutile du même acabit que le train entre en gare et, le temps de sauter dans un taxi, elles arrivent. Mon portable est réglé sur vibreur, ce qui m'évite de polluer l'espace sonore de mes contemporains. Et je ne l'utilise que lorsque j'en ai vraiment besoin, par exemple pour avertir ma famille que j'ai pris du retard mais ça y est, dans cinq minutes, je suis à la maison.

Pourquoi, d'ailleurs, des «jours sans»? Alors que, pour ce qui est des opérations «avec» ou «pour», l'unité de référence est plutôt l'année. Serions-nous si zappeurs qu'il nous faut un an pour réussir à penser sérieusement à quelque chose et si douillets qu'il est parfaitement inutile de nous demander de nous passer de quoi que ce soit plus d'un jour?

Cette année, en tout cas, nous célébrons le riz, l'abolition de l'esclavage et George Sand. Côté «sans», on rappellera les jours sans tabac (le 31 mai), sans achats (le 29 novembre) et sans voiture (le 22 septembre). Plus quelques originaux. L'un d'eux a été conçu par les intermittents du spectacle qui, après un été sans festivals, nous proposent de nous rendre tous au théâtre le 4 décembre pendant une journée sans télé. Un forum en ligne suggère un jour sans «Sarko»: par sa présence continue sur les ondes, le ministre français de l'Intérieur, estiment les initiateurs, induit dans le public une forme de dépendance dont il faut se débarrasser d'urgence. Aucune date n'a été fixée mais certains signes donnent à penser que l'idée a fait son chemin.

Ma fille et ses amies ont une autre proposition. Elles veulent lancer une journée sans étrangers. A première vue, je sais, ça peut choquer. Mais réfléchissez. Pendant un jour, tous les Suisses qui se sentent mélangés à trop de non-Suisses décideraient de se passer spontanément de tous les services offerts par des étrangers. Plus ou beaucoup moins de déjeuners au restaurant, de plaies recousues et de fractures réduites à l'hôpital, de toilettes et de repas dans les EMS, d'achats dans les supermarchés, de cours dans les universités, de prières dans les couvents, de taxis, de musique de rue, j'en passe et des meilleures. Il s'agirait, là aussi, d'induire un sevrage. Si tout se passe bien, un exercice mené scrupuleusement devrait suffire pour les décider à se désintoxiquer une fois pour toutes de la propagande UDC.

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