George W. Bush, il l'a répété lundi, estime que la peine de mort représente un moyen de dissuasion efficace. C'est rassurant: si le président d'un pays où un peu moins d'un habitant sur cent séjourne derrière des barreaux et où l'Etat a mis à mort une moyenne de 66 personnes par an dans la dernière décennie ne croyait pas aux vertus d'une répression musclée, on se demanderait ce qu'il fait à sa place.

Certains se posent la même question au sujet de George H. Ryan. Cet élu républicain s'est taillé une gloire mondiale dimanche en commuant d'un coup la sentence qui pesait sur les 157 condamnés à mort de l'Etat de l'Illinois. La justice, a-t-il expliqué, n'est ni assez infaillible ni assez égalitaire – il avait noté qu'elle frappe surtout les pauvres, les Noirs et les Hispaniques – pour prononcer des sentences irréversibles. Ce constat avait poussé George H. Ryan, élu grâce à l'affirmation de son attachement à la peine capitale, à prononcer il y a deux ans un moratoire des exécutions. Mais il a attendu pour distribuer ses grâces le jour où il a remis son mandat de gouverneur à son successeur, un démocrate fervent partisan de la peine de mort.

Courageux, en somme, mais pas téméraire. Tant qu'il conservait des ambitions politiques, il s'est accommodé, pour le dire avec ses mots, d'un «système de la peine capitale hanté par le démon de l'erreur». Une fois délivré de l'obligation de plaire aux électeurs, il a suivi sa conscience. «Je dormirai bien cette nuit», a-t-il annoncé, donnant s'il le fallait la preuve de l'égoïsme fondamental qui a guidé son action.

Cette histoire le démontre: en démocratie, un homme politique ne doit pas suivre sa conscience. Mais ses électeurs. Sinon, il risque l'abus de pouvoir. Ou, plus grave encore, la veste. Bien sûr, l'idéal serait que les deux parlent d'une même voix. Cela arrive parfois. Ainsi, lorsque Jacques Chirac conspue les armateurs qui lâchent sur les mers des navires poubelles remplis de la pire sorte de fioul, il soulage à la fois sa conscience et la colère de ses électeurs. Mais de telles occasions sont rares: si les électeurs sont d'accord, pour rester une minute sur l'exemple du «Prestige», de dénoncer les marées noires, ils n'acceptent pas toujours de payer les impôts qui permettraient d'assurer des contrôles en nombre suffisant pour limiter les risques d'accident.

Le problème de George H. Ryan et de beaucoup d'autres est que le serpent se mord la queue: plus les hommes politiques parlent comme ils croient que leurs électeurs pensent, moins les électeurs parlent comme la conscience des hommes politiques. Aujourd'hui, il est très mal vu de parler contre le courant électoral. De sorte que personne n'est vraiment surpris de voir un politicien attendre la fin de son mandat pour suivre sa conscience.

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