L’UDC a expliqué sa victoire par le ras-le-bol du peuple de la politique migratoire du Conseil fédéral de ces dernières années. Celle-ci avait apparemment favorisé l’arrivée de plusieurs milliers d’Allemands, Français, Italiens et autres Européens dans le pays ces dernières années et qui occupent des places enviables dans nos universités, la recherche, la finance, la santé… Le parti populiste croit savoir que le peuple suisse a voté pour la préférence nationale – les Suisses d’abord.

Mais il n’y a pas que ça. Dans une conférence donnée mercredi soir à l’Université libre de Bruxelles, le secrétaire d’Etat Yves Rossier a fait un peu plus la lumière sur les raisons qui ont conduit des milliers de Suisses à voter pour l’initiative «Contre l’immigration de masse». Ces derniers ne sont pas des conservateurs et ne suivent pas aveuglément le tribun zurichois.

Ces Suisses ont exprimé des craintes qui sont bien perceptibles. Des craintes qui découlent des bouleversements que traverse le monde. Elles ne sont pas des exclusivités suisses. Le malaise exprimé par les Suisses est commun à l’ensemble du continent. Yves Rossier a donné un exemple: jusqu’à présent, nous avons fixé les prix des matières premières qui étaient produites par d’autres contrées et, graduellement, nous perdons cette mainmise. En termes économiques et financiers, mais aussi de pouvoir, c’est en effet déstabilisant.

Mais il y a aussi les mille et un défis qui viennent perturber notre monde: le changement climatique, les conflits internationaux et les guerres civiles près de nos frontières, l’immigration, le terrorisme, les maladies… «Beaucoup de personnes ont envie de fermer les portes et les fenêtres et de rester chez soi», a imagé le haut fonctionnaire suisse. Il est aussi vrai que la globalisation qui s’est accélérée ces dernières années fait des gagnants, mais aussi des perdants. Ce n’est pas seulement notre niveau de vie qui est menacé, notre mode de vie l’est également.

Les craintes ne sont pas toujours justifiées. Mais, dans tous les cas, on ne peut pas les ignorer. On peut casser ou jeter le thermomètre, mais cela ne fait pas baisser la fièvre.

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