En février 2019, à la Conférence sur la sécurité de Munich, Joe Biden aurait pu assommer l’auditoire du Bayerischer Hof de son ton soporifique. Son discours souleva au contraire un certain enthousiasme. Face à des Européens abasourdis par la présidence Trump, qui leur tournait le dos, l’ex-vice-président américain demandait de patienter encore deux petites années. Ensuite? «Les Etats-Unis seront de retour, n’ayez aucun doute là-dessus!» Il ajouta: «Nous serons de retour!» On comprenait que ce nous de majesté annonçait sa candidature à la présidentielle de 2020. Il est temps de le réécouter.

Renoncement au leadership

Ce jour-là, Joe Biden déclara ce qui avait été une évidence durant un demi-siècle, mais qui ne l’était plus du tout avec Donald Trump: «Je soutiens fermement l’OTAN et je soutiens fermement l’UE.» Il répondait indirectement à Angela Merkel, qui, quelques heures plus tôt à la même tribune, s’interrogeait sur la coopération avec les Etats-Unis et le partenariat transatlantique. La chancelière allemande disait ne plus comprendre. Une réalité bien plus traumatique pour Berlin que pour la plupart des autres Etats européens. Mais le retrait en cours des Etats-Unis du système multilatéral perturbait bien l’ensemble du continent.

En 2021, Washington regardera de nouveau vers le continent européen avec le souci de restaurer la confiance

Joe Biden fit le même constat. La solidarité transatlantique était à un tournant. Ce n’était en raison ni du défi posé par une nouvelle course aux armements, ni du retour des autocrates, ni même de l’affirmation de la Chine ou du jeu de la Russie. «Pour la première fois, on est plongé dans l’incertitude car les Etats-Unis renoncent à leur leadership», dit-il. Pourtant, ajouta-t-il, les Américains, dans leur grande majorité, «restent attachés à l’engagement de leur pays dans le monde». Et les Américains «croient toujours aux valeurs inscrites dans leur Constitution», celles-là mêmes qui sont partagées – pour l’essentiel – par les Européens. Il conclut: «Les Etats-Unis ont besoin de leurs alliés. Nous avons besoin de vous et nous espérons que vous pensez que vous avez besoin de nous.» Dans ce cénacle atlantiste, le succès était garanti.

Retour aux années Obama?

La présidence qui s’annonce – sauf accident – devrait donc refermer une parenthèse en matière de politique étrangère, celle de la rupture provoquée par Trump entre les Etats-Unis et l’Europe. Cela signifie-t-il un retour à la politique menée par Barack Obama, que Joe Biden a fidèlement secondé durant huit ans? Qu’en partie. Joe Biden affichera son soutien au multilatéralisme, à commencer par renouer avec l’Accord de Paris, un compromis arraché par Washington à Pékin. La relance de l’accord sur le nucléaire iranien sera plus compliquée, même si les Européens sont très demandeurs. Le Traité de libre-échange transpacifique – qui aurait pu être le grand legs d’Obama pour dessiner les relations internationales du XXIe siècle – semble enterré. Car c’est là le principal virage qu’aura réussi à imposer durablement Donald Trump, celui du protectionnisme. Le libre-échange qui a présidé à l’ère de globalisation de ce début de siècle, sur la base d’un soutien bipartisan, a vécu. La raison? La concurrence chinoise. Et sur ce point, démocrates et républicains sont aujourd’hui d’accord: pour résister à l’ascension de Pékin, il faut revoir les règles du commerce international.

En élisant Joe Biden, les Etats-Unis n’en vont pas moins renouer avec un atlantisme qui n’allait plus de soi. Barack Obama fut le premier président à se tourner résolument vers le Pacifique. Donald Trump prôna le repli total. En 2021, Washington regardera de nouveau vers le continent européen avec le souci de restaurer la confiance. En 2019, à Munich, Joe Biden expliquait vouloir «rétablir le leadership américain avec l’aide de ses alliés». Beaucoup, dans l’assistance, doutèrent qu’il serait l’homme qui réaliserait ce programme. C’était finalement le bon candidat pour barrer la route à Donald Trump. Le voilà de retour.

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