Assiste-t-on à une redistribution des cartes de la violence sur le front de la lutte contre le terrorisme? Pour la première fois, au mois de juillet, le nombre de morts dus à la guerre a été plus élevé en Afghanistan qu'en Irak. En août, 44 soldats de la coalition internationale sont décédés, dont dix Français. L'émotion chez nos voisins, où l'opinion publique semble soudain découvrir les réalités d'une guerre jusque-là considérée comme une simple opération de maintien de la paix, est vive. La cause est-elle perdue? Ne faut-il pas retirer ses troupes? Ces questions se posent depuis des mois au Canada. Les Allemands débattent du rôle de leurs soldats. Au fur et à mesure que les talibans gagnent du terrain dans le sud de l'Afghanistan, le doute s'installe en Occident.

Trop vite gagnée, trop vite célébrée, la victoire sur les talibans et leurs protégés d'Al-Qaida, en novembre 2001, a peu à peu laissé place à un pourrissement du pays. Les promesses américaines et des alliés de reconstruction du pays n'ont été que partiellement tenues. La guerre d'Irak est passée par là. Et l'offensive contre le «terrorisme international» qui jouissait d'une forte légitimité en Afghanistan s'est fourvoyée aux portes de Bagdad. Dans le même temps, le gouvernement d'Hamid Karzaï n'est jamais parvenu à imposer son autorité.

On assiste aujourd'hui à un étonnant retournement de situation. Alors que l'Irak semble s'apaiser - temporairement? - l'Afghanistan s'enfonce dans une nouvelle spirale. Jamais la capacité de frapper des talibans et de leurs nouveaux alliés n'avait été si forte. Appuyés par les combattants d'Al-Qaida et de l'ancien résistant Hekmatyar, ils appliquent désormais la stratégie de guérilla et d'attentats-suicides mise au point en Irak. Défiées, les troupes de l'OTAN multiplient les bavures contre les populations civiles, ce qui alimente le ressentiment des Afghans contre cette présence étrangère.

Les talibans n'ont certes pas encore gagné la guerre. Mais la coalition internationale s'interroge sur la façon de ne pas la perdre. Pour cela, elle devra revoir en partie sa stratégie et augmenter significativement ses moyens. C'est ce que promet le candidat Barack Obama. Car c'est en Afghanistan et au Pakistan que se joue la victoire contre le terrorisme. Non en Irak.

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