Une nouvelle crise secoue la zone euro. Elle n’a pourtant que peu à voir avec celle du printemps, dans laquelle la Grèce tenait le premier rôle.

Il s’agit cette fois de l’Irlande, un des deux «I» de PIIGS, cet acronyme anglais qui désigne les mauvais élèves de la zone euro (les autres étant le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne). Comme Athènes, Dublin a vu son déficit public exploser. Comme Athènes, Dublin voit le coût de son endettement s’envoler. Ses taux d’intérêt à dix ans sont quatre fois plus élevés que ceux auxquels la Confédération peut emprunter.

La comparaison s’arrête cependant ici. Car la crise irlandaise fait surtout penser à la faillite islandaise: crédit débridé, bulle immobilière et arrêt brutal du financement facile provoquant la chute de l’édifice.

La valeur des banques irlandaises ne représente plus que 2% de ce qu’elle était à son plus haut niveau de 2007. Leur sauvetage pourrait coûter 70 milliards d’euros (94 milliards de francs) aux contribuables. C’est comme si les recettes fiscales de ces deux prochaines années devaient y être tout entières consacrées. Le déficit budgétaire va plonger à 32% du produit intérieur brut l’an prochain. Pour éviter la paralysie du système financier irlandais et la contamination au reste de l’Europe, la Banque centrale européenne consacre près d’un quart de ses interventions à ce pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants.

Tout n’est pourtant pas noir. L’économie réelle irlandaise tourne encore. Contrairement à la Grèce, ses exportations progressent. Les conjoncturistes attendent une croissance de plus de 2% dès 2011 alors que l’économie grecque sera toujours en récession.

L’Irlande dispose de financement pour six mois. Toutefois, sa situation révèle une insolvabilité, d’où les tensions actuelles. C’est pour cette raison qu’un plan d’action rapide est nécessaire. Hélas, les tergiversations des responsables européens démontrent que les leçons de la crise grecque n’ont pas encore été tirées.