Visite professionnelle de l’Union africaine dont le siège est à Addis-Abeba, immense ville bruyante mais dont l’organisation UA est presque déserte. Vive les voyages! Certains de nos édiles devraient surmonter leurs réticences. Il est impossible de comprendre notre planète sans la parcourir. Tout est lié. Nous sommes, en Suisse, 8,5 millions. La planète abrite 8,6 milliards d’individus. Nous ne représentons donc que 0,1% de la population mondiale.

L’Ethiopie, 8 millions d’habitants à la naissance d’Haïlé Sélassié, recense à présent 114 millions d’habitants à la limite de la survie. A part dans la capitale, nul risque de pollution. Le trafic automobile est généré par un million de véhicules pour un territoire grand comme la France et l’Espagne réunies. Et bien sûr, pas de chauffage domestique au mazout, les températures ne le nécessitent pas. Dans les petites villes, les taxis sont des mini tuk-tuks appelés «moustiques indiens» de par leur origine.

Travailleurs, sérieux, honnêtes

Pour le reste, la population doit compter sur des charrettes tirées par des ânes. Les femmes transportent des charges invraisemblables sur des distances considérables, par exemple d’innombrables grands bidons d’eau. La vie est extrêmement dure pour presque tout le monde, comme souvent en Afrique. Les infrastructures développées le sont depuis longtemps par les Chinois. Ils endettent le pays pour cela. Les peuples d’Ethiopie sont, en vrac, travailleurs, sérieux, honnêtes (et uniformément non-fumeurs). Mais la drogue locale, le kat, fait quelques ravages régionaux.

Nombre de problèmes qu’on attribue à l’islamisme extrémiste ont une origine ethnique

Le premier ministre, Abiy Ahmed, a reçu le Prix Nobel de la paix pour avoir conclu l’armistice avec l’Erythrée après une guerre de libération, victorieuse en 1991 pour ce petit pays de 5 millions d’habitants. Début novembre 2020, une guerre civile a débuté au Tigré, une région grande comme l’Autriche, 7,5% du territoire national. Il y a plusieurs interprétations pour expliquer ce conflit. On ne doit pas oublier que la question des ethnies est le grand problème de l’Afrique. Le Biafra au Nigeria et le génocide au Rwanda n’en sont que deux exemples. Aujourd’hui, nombre de problèmes qu’on attribue à l’islamisme extrémiste ont une origine ethnique. Ainsi les Peuls, le plus souvent éleveurs, s’opposent aux Mossis dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. En Ethiopie, les Tigrés sont l’élite du pays. Rappelons-nous l’obélisque d’Aksoum (34 mètres de haut, 500 tonnes, volé par les fascistes et rendu par les Italiens en 2007) Ces ressortissants étaient longtemps les maîtres à Addis-Abeba. Le conflit est une question de perte de pouvoir. Il semblerait toutefois que la situation se calme, puisqu’il y a un trafic aérien tous les jours entre la capitale, Mekelé, et Addis-Abeba.

Cent millions d’habitants

Une des plus belles richesses du pays se trouve à Lalibela. Quatre grandes églises entièrement creusées dans la roche. Cela mérite la visite, sachant que le pays est chrétien depuis le début de notre ère, bien qu’il y ait actuellement un tiers de musulmans en Ethiopie pour lesquels les Turcs et l’Arabie saoudite construisent de nouvelles mosquées. Israël a fait «rapatrier» autour de 130 000 membres d’une communauté juive, les Falashas, qui ont vécu pendant des siècles au nord de l’Ethiopie. Une autre curiosité: un certain Marcus Garvey a créé en Jamaïque, dans les années 1930, un mouvement de retour en Afrique. L’empereur Haïlé Sélassié, né Rastafari, s’est emparé de cette initiative, d’où la naissance du mouvement rasta que Bob Marley a fait connaître. L’empereur a offert un important territoire pour l’accueil de Blacks «rapatriés» des Antilles, et des Etats-Unis, qui se sont installés à Shashamané à 250 kilomètres au sud d’Addis-Abeba. La greffe n’a pas vraiment pris. La nouvelle communauté est tristement laissée pour compte.

Le covid? Selon l’OMS, il n’y aurait eu que 3500 décès qu’on lui attribue, pour ce pays de plus de 100 millions d’habitants. Même si la statistique était fausse, il est évident qu’il n’y a pas jusqu’ici de ravages, après deux visites d’hôpitaux ouverts jour et nuit pour les fameux tests PCR, et après de très nombreux contacts dans tout le pays. Pour l’Ethiopie, le tourisme n’est pas négligeable. Ils n’en ont pratiquement plus vu depuis plus d’un an. Les gens qui en vivent sont à genoux financièrement et attendent que la peur quitte les esprits occidentaux.

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