Editorial

Retour des djihadistes: le sauve-qui-peut général

Alors que «califat» de Daech vit ses dernières heures, la question des «revenants» tourne à la cacophonie

C’est un sauve-qui-peut général. Alors que le «califat» proclamé par le groupe État islamique pourrait être en train de vivre ses dernières heures (du moins sous sa forme actuelle), la fin annoncée des combats provoque des réactions de plus en plus agitées de la part des Occidentaux. Que faire maintenant des djihadistes – et de leurs familles – partis combattre en Syrie et en Irak ? Comment se sortir de l’incroyable imbroglio qui consiste à ramener ces loups dans la bergerie?

La perspective d’une solution européenne commune, un temps envisagée, est vite devenue illusoire. Si les interrogations et les dangers mis en avant par les uns et les autres sont en gros les mêmes, chacun tente donc de jouer comme il peut ses dernières cartes. La France, qui alterne encore entre diverses options en vue d’un rapatriement, vient d’annoncer avoir tué Fabien Clain, l’un des djihadistes les plus honnis. Jeudi, alors que les armes ne s’étaient pas encore tues, c’était toujours possible. Dès demain, ou après-demain, ce serait devenu un crime de guerre. Il s’agira donc d’appliquer une nouvelle stratégie.

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La Grande-Bretagne, elle, arrache à tour de bras la nationalité à ses ressortissants, afin de réduire d’autant le problème, quitte à les transformer en apatrides et à piétiner le droit, comme dans le cas devenu emblématique de la jeune fille de 19 ans Shamima Begum. Les Etats-Unis de Donald Trump, eux, manient aussi l’incohérence, exigeant des Européens qu’ils assument leurs responsabilités mais refusant aussi le retour à certaines de leurs ressortissantes, surnommées les «fiancées de Daech», ainsi qu’à leurs enfants.

Et la Suisse? Le débat a ressurgi, ici aussi, à la faveur de déclarations de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. La Suisse «préférerait» que ses djihadistes soient jugés sur place a affirmé la ministre. Autant dire qu’elle préférerait qu’ils n’existent pas. Voilà des mois que les départements fédéraux liés au dossier planchent sur la question. Et il en faudra peut-être autant pour que se dégage enfin à Berne une position officielle de la Confédération. Avec un peu de chance, le problème se sera résolu de lui-même d’ici-là. Ou, plus sûrement, il n’aura fait qu’empirer.

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Souvenons-nous: si la coalition internationale avait décidé de déclarer la guerre à Daech en 2014, c’était pour assurer la sécurité de l’Occident. C’est à partir de leur sanctuaire que les djihadistes préparaient leurs attentats et qu’ils nous menaçaient. Prétendre aujourd’hui que le problème s’évanouira lorsque ces djihadistes disparaîtront dans un paysage dévasté, c’est davantage qu’une illusion. Ce serait une faute politique.

Une autre certitude. C’est bien au nom du droit et du maintien de la légalité que cette guerre a été entreprise en son temps. Bricoler maintenant des «solutions» qui sortiraient du cadre strict de cette légalité aurait une conséquence claire: saper les fondements mêmes de cette action.

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