La semaine dernière, ma chronique faisait part des résultats de l’étude Selects, entièrement consacrée au pourquoi et au comment des dernières élections fédérales 2011. J’y reviens aujourd’hui tant elle fourmille d’informations passionnantes dont, par exemple, le fait que les abstentionnistes, s’ils avaient voté, n’auraient quasi rien changé à l’équilibre des forces! Voilà qui saura rassurer quelque peu tous ceux qui, comme moi, déplorent qu’un Suisse sur deux ne daigne pas s’exprimer.

Ce scrutin a été marqué par l’arrivée de deux nouveaux partis, les Verts libéraux et le PBD qui ont obtenu chacun 5,4% des voix. Viennent-elles essentiellement de leur formation d’origine? Pas du tout, car ils ont recruté leurs troupes un peu partout sur l’échiquier politique. Seuls 15% des votants UDC de 2007 ont choisi le PBD en 2011 et 16% des PLR ont préféré les Verts libéraux. La diversité des origines de ces deux jeunes partis laisse mal augurer leur cohésion interne pour prendre des décisions au parlement. Cela a bien commencé puisque 45% des électeurs du PBD et autant chez les Verts libéraux ont voté pour un candidat de gauche au Conseil des Etats!

Il faut dire qu’au moment de se situer sur une échelle allant de la droite à la gauche, 31% des Verts libéraux se placent au centre, 24% à droite et 45% à gauche. Quel grand écart! Le PBD est nettement plus homogène avec presque la moitié de centristes. D’ailleurs, le rang des partis sur cette même échelle ne laisse pas d’étonner puisqu’on y trouve à l’extrême gauche les Verts que tout le monde s’entête pourtant à trouver modérés!

Parlons maintenant de la campagne qui a animé ces élections durant de longues semaines. Elle fut sans influence pour une bonne moitié de votants qui affirment que leur choix était clair depuis longtemps, alors que 27% se sont décidés quelques semaines avant le vote et 21% seulement dans les derniers jours. Cette relativement faible influence se confirme dès lors que 61% de l’ensemble de l’échantillon affirme que c’est l’UDC qui a fait la meilleure campagne, quand bien même elle n’a pas gagné de voix lors du scrutin. En revanche, c’est lui qui a le mieux fidélisé ses sympathisants puisqu’il n’a perdu que 13% des intentions de vote entre le début et la fin de la campagne alors que cette déperdition atteint de 26% à 28% chez les autres formations gouvernementales.

Il est enfin intéressant de constater que les citoyens ont une perception mitigée de la neutralité des médias: 29% pensent que l’UDC a bénéficié de la couverture médiatique la plus positive mais 54% estiment au contraire qu’elle a subi les comptes rendus les plus négatifs. L’étude Selects n’a pas cerné l’influence éventuelle de ce déséquilibre sur le vote final, ce qui serait cependant instructif. Elle tente en revanche de savoir si les résultats des sondages conditionnent l’électeur. Comme toutes les recherches antérieures menées dans bien d’autres pays du monde, elle conclut par la négative. Ouf, les sondages font donc moins tort à la démocratie que, peut-être, les médias qui les commanditent!

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