Détournement de fonds publics, abus de confiance, prise illégale d’intérêts. Malgré l’ancienneté des faits, malgré la popularité, le grand âge et la maladie de Jacques Chirac, la justice a condamné l’ancien président de la République française. Il a écopé de 2 ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois totalement ou partiellement fictifs de la mairie de Paris. C’est à la fois une surprise et une bonne nouvelle, au regard des critiques récurrentes en France à l’encontre du pouvoir judiciaire, souvent soupçonné d’être inféodé à l’exécutif. C’est également une première sous la Ve République. Mesurant l’importance du verdict, des personnalités de gauche ont rendu hommage à «la parfaite indépendance de la justice». L’expression, forte, montre ce à quoi tout le monde s’attendait: après un procès repoussé maintes fois, avec un prévenu absent pour raison de santé, le jugement allait tourner court, en raison de la personnalité de l’accusé et de ses réseaux d’influence. Le pronostic s’est avéré faux. Au final, l’avocat de l’association de lutte contre la corruption, opposé à l’ancien président, salue «une démocratie mature».

La condamnation de Jacques Chirac a une vertu supplémentaire. Elle prouve que la fonction présidentielle n’est pas au-dessus des lois, que la justice s’applique à tous dans une démocratie. Ce jugement pourrait servir de présage, alors que le statut pénal du chef de l’Etat, et l’immunité dont il bénéficie dans l’exercice de ses fonctions, est régulièrement mis en question.

Ce verdict constitue enfin un signal puissant au regard d’autres dossiers en cours d’instruction, comme les affaires Karachi et Bettencourt, dont certains fils conduisent à des cercles proches du pouvoir suprême, voire au sommet de l’Etat lui-même. Dans ces deux cas, des juges enquêtent sur des soupçons de financement présumé illégal de campagne présidentielle. L’affaire Karachi remonte aux années 90, elle touche le clan des balladuriens dont faisait partie Nicolas Sarkozy. La seconde, plus récente, a fait tomber l’ancien ministre Eric Woerth, qui fut trésorier de l’UMP.

La longueur des procédures, la difficulté des recherches, l’âge de certains protagonistes: toutes les affaires mettent la justice à l’épreuve avec des obstacles similaires. Après le procès Chirac, c’est sur les affaires Karachi et Bettencourt que la justice française pourra définitivement prouver qu’elle a retrouvé son indépendance. ö Page 4