Editorial

Le retour de l’imperium de Pékin

La semaine passée, une dame de 67 ans s’est immolée à Hô Chi Minh-Ville en signe de protestation contre la Chine. Au même moment, des milliers de ressortissants chinois étaient évacués du Vietnam, menacés d’être lynchés par des foules ivres de vengeance. Ce déchaînement de haine a été déclenché par l’envoi d’une plate-forme pétrolière chinoise dans des eaux territoriales disputées entre les deux nations.

Le scénario était presque identique aux Philippines, où l’on accuse l’armée chinoise de construire une piste d’atterrissage sur un récif revendiqué par Manille. Est-ce le prélude à une vague de sentiment anti-chinois dans la région? L’affirmation de plus en plus marquée des prétentions territoriales de Pékin en mer de Chine du Sud et de l’Est sera au cœur d’un forum de sécurité régionale qui s’ouvre aujourd’hui à Singapour. Ce pourrait être l’occasion de renouer le dialogue et de faire taire certains fantasmes associés à l’idée d’une menace chinoise.

Une occasion ratée, puisque Pékin n’enverra que des seconds couteaux en guise de mauvaise humeur. Le très nationaliste dirigeant nippon Shinzo Abe étant le premier à intervenir à la tribune, les dirigeants chinois boudent. Ambiance.

Les problèmes de l’Europe et la distance n’incitent guère à nous préoccuper de ces bisbilles. L’instabilité de l’Asie de l’Est, zone économique la plus dynamique du monde, devrait pourtant nous interpeller.

La montée des nationalismes dans la région succède à une période d’intense intégration du commerce. Les causes de ce repli sont diverses et les responsabilités partagées. L’acteur clé en est toutefois la Chine qui, par son seul poids démographique, écrase de son ombre la plupart des pays voisins qui furent par le passé peu ou prou en état de vassalité. Ainsi en va-t-il du Vietnam, occupé durant mille ans par l’empire céleste. La peur de la Chine y est atavique.

Longtemps, Pékin s’est voulu rassurant en insistant sur le caractère pacifique de son émergence. Le ton a toutefois changé. Désormais, le président Xi Jinping insiste sur la restauration de la puissance chinoise comme si une parenthèse de cent cinquante ans – celle de la relégation et des humiliations – se refermait. C’est le retour de l’imperium chinois. Or, contrairement à ce qu’affirme sa propagande, la Chine est loin d’avoir toujours été l’espace de paix et d’harmonie mis en avant aujourd’hui. L’empire était impérialiste jusqu’à son effondrement. Les révoltes actuelles du Xinjiang, conquis au XIXe siècle, en témoignent, sans parler du Tibet.

Pékin doit clarifier ses intentions. Sans quoi ses voisins chercheront de plus en plus la protection des Etats-Unis.